On pourrait objecter :
« Ce récit ne contredit pas l’avis des imams selon lequel il ne faut pas se frotter à la tombe, car Ibn ʿUmar ne se frottait pas à la tombe. Il souhaitait seulement adresser le salut depuis le côté du visage, or il ne lui était pas possible de se placer directement en face de celui-ci ; il se tenait donc à l’endroit qui correspondait à la face afin d’être au plus près de cette orientation, posant sa main sur le mur pour s’y appuyer et se rapprocher davantage de la tombe. Toutefois, ce récit s’oppose à ce que l’on a rapporté selon quoi il se tenait sur le côté. »
À moins, dira-t-on, qu’il n’avançât vers la tombe de sorte que, sous cet angle, il se trouvait effectivement sur le côté ; l’exposé détaillé de cette question relève d’un autre endroit.
L’opinion correcte est que cet ajout a été rapporté seulement par Isḥâq ibn Muḥammad al-Farawî, d’après ʿUbayd Allâh ibn ʿUmar ; il s’y est trompé et a contredit des transmetteurs plus sûrs que lui au sujet d’Ibn ʿUmar. En effet, Ayyûb l’a transmis de ʿUbayd Allâh, d’après ʿAbd Allâh ibn ʿUmar, d’une manière différente de celle d’Isḥâq ; de plus, la version d’Ayyûb rapportée de Nâfiʿ l’a été par Ḥammâd ibn Zayd, Maʿmar et d’autres. La transmission de Mâlik d’après Nâfiʿ est célèbre, tout comme celle qu’il tient d’ʿAbd Allâh ibn Dînâr d’après Ibn ʿUmar ; aucune ne mentionne ce qu’a rapporté Isḥâq ibn Muḥammad al-Farawî. On ne saurait donc arguer qu’il s’agirait d’un transmetteur fiable ayant, seul, ajouté un détail, et ce pour deux raisons :
Premièrement : il s’est opposé à plus fiable que lui. Ainsi, Yahyâ ibn Maʿîn rapporte :
« Abû Usâma nous a relaté — d’après ʿUbayd Allâh, de Nâfiʿ, d’Ibn ʿUmar — qu’il réprouvait le fait de toucher la tombe du Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue. »
Parmi ceux qui ont transmis cela figure le pieux shaykh, ascète, maître de l’Irak de son époque, reconnu tant par les notables que par le commun, Abû al-Ḥasan ʿAlî ibn ʿUmar al-Qazwînî, dans ses « Amâlî ». Il dit : « J’ai lu auprès de ʿUbayd Allâh al-Zuhri : ton père te l’a rapporté ; il a dit : ʿAbd Allâh ibn Jaʿfar nous a relaté — d’Abû Dâwûd al-Ṭayâlisî, de Yahyâ ibn Maʿîn », puis il mentionna le même propos.
Ainsi, Abû Usâma transmet — d’ʿUbayd Allâh, de Nâfiʿ — qu’Ibn ʿUmar réprouvait le fait de toucher la tombe du Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue. Cela concorde avec ce qu’ont indiqué l’imâm Aḥmad et d’autres, comme l’attestent l’ensemble des chaînes. Si l’on ne considérait que cette contradiction entre la version d’Isḥâq al-Farawî et celle d’Abû Usâma — toutes deux passant par ʿUbayd Allâh —, il faudrait déjà suspendre son jugement ; d’autant plus qu’Abû Usâma est plus digne de confiance qu’al-Farawî et qu’il a rapporté un hadith approuvé des savants, sans y ajouter de détail isolé comme dans la version d’al-Farawî.
Deuxièmement : bien que, dans l’absolu, al-Farawî fût véridique et que ses écrits soient corrects, il perdit la vue à la fin de sa vie ; il lui arrivait alors de transmettre de mémoire et de se tromper, ou d’être soumis à une dictée et de la suivre. Pour cette raison, on lui a reproché de narrer des hadiths différemment de la version reconnue, tel le récit de l’affaire de l’Ifk qu’il a rapporté à l’encontre de la relation commune, et de même pour ce hadith d’Ibn ʿUmar qu’il a transmis contrairement aux autres. Al-Bukhârî a cependant rapporté de lui dans son Ṣaḥîḥ.
Abû Ḥâtim al-Râzî a dit :
« Il était véridique ; il devint aveugle, on lui dictait parfois, et ses livres sont exacts. »
Il déclara aussi : « [défectueux/instable]. »(1)
Abû ʿUbayd al-Ājurrî dit : « J’ai interrogé Abû Dâwûd à son sujet et il l’a fortement affaibli. »
Al-Nassâʾî dit : « Il n’est pas digne de confiance. » Et il le mentionna