Aʿisha – qu’Allah l’agrée – déclara : « N’eût été cette crainte, sa tombe aurait été exposée ; mais on redouta qu’elle ne fût prise pour mosquée. »
Il est de même rapporté dans les deux Ṣaḥîḥ, d’après ʿÂʾisha et Ibn ʿAbbâs – qu’Allah les agrée –, qu’ils dirent : « Lorsque la mort survint au Messager d’Allah (1) – qu’Allah prie sur lui et le salue –, il se mit à poser sur son visage une khamîṣa (2) qu’il retirait dès qu’elle l’oppressait. Et, dans cet état, il déclara :
« Qu’Allah maudisse les juifs et les chrétiens ! Ils ont fait des tombes de leurs prophètes des mosquées », – avertissant ainsi [sa communauté] de ce qu’ils avaient fait.
S’il a donc maudit ceux qui transforment les tombes des prophètes en mosquées afin de mettre en garde sa communauté, alors même que les mosquées ne doivent servir qu’à l’adoration d’Allah, c’est parce que, lorsque l’on érige des tombes en mosquées pour y adorer, cela devient un moyen menant à se tourner vers la tombe, à invoquer son occupant et à en faire une idole. S’il a maudit celui qui ne fait qu’ouvrir la voie au polythéisme, que dire de celui qui s’adonne au polythéisme manifeste ? Et si tel est le jugement porté sur celui qui invoque les défunts sans même se rendre auprès de leur tombe, que dire de celui qui s’y rend en pèlerinage ou estime que le pèlerinage vers ces tombes est meilleur que le pèlerinage à la Maison d’Allah ? Pis encore : certains font le pèlerinage vers leurs vestiges – un lieu où ils ont séjourné –, récitent la talbiya et entrent en état d’iḥrâm lorsqu’ils s’y rendent, comme le faisaient certains cheikhs d’Égypte qui entraient en iḥrâm lorsqu’ils se rendaient à la mosquée de Yûsuf, ou lorsqu’ils effectuèrent un jour le pèlerinage vers la tombe du Messager d’Allah – qu’Allah prie sur lui et le salue –, puis revinrent sans se rendre à La Mecque, affirmant : « L’objectif a ainsi été atteint. »
Or lui – qu’Allah prie sur lui et le salue –, durant la maladie qui préluda à son décès, ne cessa de réitérer ses avertissements à sa communauté : il les enjoignait publiquement dans la mosquée et maudissait quiconque s’y adonnait. Il fit cela alors qu’il traversait l’agonie, par sollicitude pour cette communauté et pour la prémunir des sources et des causes du polythéisme ; car l’essence même de la religion est d’adorer Allah seul, et le plus grand des péchés est le polythéisme. Le Coran tout entier exalte le tawḥîd, appelle à celui-ci, encourage son adoption et expose le bonheur de ses adeptes, tandis qu’il condamne le polythéisme, met en garde contre lui et dévoile la misère de ceux qui le pratiquent.
Ainsi, Muslim rapporte, d’après Jundub ibn ʿAbd Allâh – qu’Allah l’agrée – : « J’ai entendu le Messager d’Allah – qu’Allah prie sur lui et le salue – cinq jours avant sa mort dire :
“Je me désavoue devant Allah d’avoir, parmi vous, un intime, car Allah m’a pris pour intime comme Il a pris Ibrâhîm pour intime. Si j’avais dû choisir un intime parmi ma communauté, j’aurais choisi Abû Bakr comme intime. Sachez que ceux qui vous ont précédés prenaient les tombes de leurs prophètes et de leurs vertueux pour mosquées. Ne prenez donc pas les tombes pour mosquées ; je vous l’interdis formellement.” » (3)
Tel fut son interdiction, cinq jours avant sa mort, et sa malédiction proférée durant sa maladie à l’encontre de ceux qui commettent cet acte, comme on le lit encore dans les deux Ṣaḥîḥ où Abû Hurayra – qu’Allah l’agrée – rapporte que le Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue – a dit :
« Qu’Allah combatte les juifs ! Ils ont pris les tombes de leurs prophètes pour mosquées. »
Dans une autre version rapportée par Muslim :
« Qu’Allah maudisse les juifs et les chrétiens ! Ils ont pris les tombes de leurs prophètes pour mosquées. »
Il est encore rapporté dans les deux Ṣaḥîḥ, d’après ʿÂʾisha – qu’Allah l’agrée – que Umm Ḥabîba et Umm Salama évoquèrent devant le Messager d’Allah – qu’Allah prie sur lui et le salue – une église qu’elles avaient vue en Abyssinie, vantèrent sa beauté et les images qu’elle contenait. Le Messager d’Allah – qu’Allah prie sur lui et le salue – dit alors :
« Ces gens-là, lorsqu’un homme pieux se trouvait parmi eux puis mourait, ils bâtissaient sur sa tombe… »