Auprès d’eux, l’acte se limite à la tombe ; quant à l’intérieur même de sa demeure, à l’endroit où se trouve sa tombe, nul ne peut y accéder, et aucune œuvre n’y a été légiférée qui, accomplie là, serait meilleure qu’ailleurs. Si une telle œuvre avait été prescrite, on aurait ouvert la porte de la chambre à l’ensemble de la communauté.
Bien au contraire, il a dit :
« Ne faites pas de ma maison une fête. Invoquez sur moi la prière, car votre prière me parvient où que vous soyez. »
Nous avons déjà cité ce que Saʿîd ibn Manṣūr rapporte dans ses Sunan d’après ʿAbd al-ʿAzīz ad-Darāwardī, lui-même le tenant de Suhayl ibn Abī Suhayl :
Al-Ḥasan ibn al-Ḥasan ibn ʿAlī ibn Abī Ṭālib me vit et m’appela : « Pourquoi t’ai-je vu auprès de la tombe ? »
Je répondis : « J’ai présenté mes salutations au Prophète — paix et bénédiction d’Allah sur lui. »
Il dit : « Lorsque tu entres dans la mosquée, salue le Prophète — paix et bénédiction d’Allah sur lui. » Puis il ajouta : « Le Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui — a dit :
“Ne faites pas de ma maison une fête et ne faites pas de vos maisons des cimetières ; qu’Allah maudisse les Juifs qui ont pris les tombes de leurs prophètes pour mosquées. Invoquez la prière sur moi où que vous soyez, car votre prière me parvient.”
Vous et ceux qui se trouvent en Andalousie êtes, à cet égard, équivalents. »
De même, l’ensemble des Compagnons qui résidaient à Bayt al-Maqdis et dans les autres régions du Shām — tels que Muʿādh ibn Jabal, Abū ʿUbaydah ibn al-Jarāḥ, ʿUbādah ibn aṣ-Ṣāmit, Abū d-Dardāʾ, et d’autres — : il n’est rapporté de personne d’entre eux qu’il ait entrepris un voyage pour visiter quelque tombe que ce soit au Shām, ni celle d’al-Khalīl ni une autre, pas plus qu’ils ne se rendaient à Médine pour la tombe. Il en allait de même pour les Compagnons qui demeuraient au Ḥijāz, en ʿIrāq et dans le reste des contrées, comme cela a été exposé ailleurs.
Saʿīd ibn Manṣūr rapporte encore dans ses Sunan qu’un homme se rendait régulièrement auprès de la tombe du Prophète — paix et bénédiction d’Allah sur lui. Al-Ḥasan ibn al-Ḥasan ibn ʿAlī ibn Abī Ṭālib lui dit : « Ô toi ! Le Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui — a dit :
“Ne faites pas de ma tombe une fête ; invoquez la prière sur moi où que vous soyez, car votre prière me parvient.”
Entre toi et un homme vivant en Andalousie, il n’y a à cet égard aucune différence. »
Si l’on objecte : « Le visiteur, du vivant de la personne, est aimé d’Allah parce qu’il l’aime en Allah ; or les croyants aiment le Messager d’un amour plus intense encore, et ils aiment également les autres prophètes et les vertueux. Lorsqu’ils les visitent, ils sont donc récompensés pour cet amour. » — on répond : « L’amour du Messager figure parmi les plus grandes obligations de la religion. »
En effet, il est rapporté dans les deux Ṣaḥīḥ, d’après Anas, que le Prophète — paix et bénédiction d’Allah sur lui — a dit :
« Trois qualités quiconque les possède goûtera à la douceur de la foi : que Dieu et Son Messager lui soient plus chers que tout autre, qu’il n’aime un homme que pour Allah, et qu’il déteste retourner à la mécréance après qu’Allah l’en a sauvé, tout comme il détesterait être précipité dans le Feu. » (1)
Dans un ḥadīth authentique, également d’après Anas, le Prophète — paix et bénédiction d’Allah sur lui — a dit :
« Aucun d’entre vous ne sera véritablement croyant tant que je ne serai pas plus aimé de lui que son enfant, son père et l’ensemble des gens. » (2)
Et il est rapporté dans al-Bukhārī, d’après ʿAbd Allāh ibn Hishām :
« Nous étions avec le Prophète — paix et bénédiction d’Allah sur lui — lorsqu’il prit la main de ʿUmar. Celui-ci déclara : “Ô Messager d’Allah, tu m’es plus cher que toute chose, hormis moi-même.” Le Prophète répondit : “Non, par Celui qui tient mon âme en Sa main, [ta foi ne sera complète] que lorsque je te serai plus cher que toi-même.” ʿUmar dit alors : “À présent, par Allah, tu m’es plus cher que moi-même.” Le Prophète conclut : “Maintenant, ô ʿUmar !” » (3)
La confirmation de cette vérité se trouve dans la parole coranique : « Le Prophète a plus de droit sur les croyants [qu’eux-mêmes]… »