ne saurait être considéré comme équivalent à la vision de sa personne, à la fréquentation de sa compagnie et à l’audition de sa parole. Si ces deux situations étaient pareilles, quiconque visiterait sa tombe serait comparable à l’un de ses Compagnons ; or il est évident qu’il s’agit là d’une fausseté manifeste.
Par ailleurs, le voyage entrepris vers lui de son vivant se divisait en deux catégories. La première correspondait à l’époque où l’émigration (hijra) vers lui était obligatoire, c’est-à-dire avant la conquête de La Mecque : le voyageur se rendait alors à Médine pour y demeurer, compté parmi les émigrants. Ce type de voyage cessa lorsque La Mecque fut conquise, le Prophète — paix et bénédiction d’Allah sur lui — ayant déclaré : « Il n’y a plus d’émigration après la conquête, mais il y a le jihâd et l’intention » (1). Ainsi, lorsque Ṣafwân ibn Umayya vint à lui en prétendant émigrer, il lui ordonna de retourner à La Mecque, et les autres affranchis (ṭulaqâʾ) restèrent également à La Mecque sans accomplir la hijra.
La seconde catégorie concernait le voyageur qui se rendait auprès de lui en tant que délégué afin de le saluer et d’apprendre de lui ce qu’il transmettrait à son peuple, à l’instar des délégations (wufûd) qui affluèrent vers lui — surtout en l’an dix, « l’année des délégations ». Dans la maladie qui précéda sa mort, il recommanda trois choses, disant : « Expulsez les Juifs et les Chrétiens de la Péninsule Arabique, et accordez aux délégations des largesses semblables à celles que je leur accordais » (2).
Parmi ces délégations figurait celle d‘Abd al-Qays : ils vinrent à lui puis retournèrent auprès des leurs au Bahreïn. Or ces derniers avaient embrassé l’islam depuis longtemps, avant la conquête de La Mecque, et ils dirent : « Nous ne pouvons venir à toi qu’au cours d’un mois sacré, car, entre nous et toi, se trouvent ces clans de mécréants de Muḍar — les gens du Najd, tels que les Asad, les Ghaṭafân, les Tamîm et d’autres — qui, alors, n’avaient pas encore embrassé l’islam. »
Le voyage vers lui de son vivant avait donc pour objectif d’apprendre l’islam et la religion, de le contempler et d’écouter sa parole ; c’était un bien absolu. Jamais nul, qu’il fût prophète ou vertueux, ne l’adora de son vivant en sa présence, car il interdisait même les péchés moindres commis devant lui — à plus forte raison le polythéisme. Il réprimanda ainsi ceux qui se prosternèrent devant lui et ceux qui, lorsqu’il dirigeait la prière assis, prièrent derrière lui debout, en disant : « Vous alliez reproduire l’attitude des Perses et des Romains ; ne le faites pas » — hadith rapporté par Muslim (3).
Dans le Musnad, avec une chaîne authentique, Anas rapporte : « Nul être ne leur était plus cher que le Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui —, mais lorsqu’ils le voyaient ils ne se levaient pas pour lui, sachant qu’il détestait cela » (4).
Et, dans le Ṣaḥîḥ, il est rapporté qu’une jeune fille chanta en sa présence : « Parmi nous se trouve un Prophète qui connaît ce que sera demain. » Il lui dit alors : « Laisse cela, et dis plutôt ce que tu disais » (5).