Nous avons déjà cité le ḥadith d’Abû Hurayra selon lequel il répond au salâm de celui qui le lui adresse ; il vise la situation auprès de sa tombe. Le débat porte toutefois sur la portée de l’expression « auprès de la tombe » : faut-il entendre par là sa demeure – comme on l’entend dans les autres récits relatifs à l’audition des morts, laquelle ne concerne que celui qui se tient à proximité de leurs tombes – ou bien inclure aussi celui qui se trouve dans la mosquée, près de la Chambre, ainsi que l’ont affirmé certains savants des premières comme des dernières générations ? Pareillement, doit-on recommander ce salâm près de la Chambre à celui qui arrive d’un voyage ou à l’habitant de Médine qui le souhaite, ou ne le recommande-t-on jamais ? Quoi qu’il en soit, l’idée selon laquelle le Prophète – paix et salut d’Allah sur lui – entend ce qui lui est transmis des prières et salutations de sa communauté ne repose que sur ces traditions authentiques.
S’agissant du ḥadith en question, bien que son sens soit juste, sa chaîne de transmission n’est pas recevable ; son contenu n’est confirmé que par d’autres narrations. En effet, on ne le connaît que par la voie de Muḥammad ibn Marwân as-Suddî al-Ṣaghîr, d’après al-Aʿmash, comme l’a supposé al-Bayhaqî, et cette opinion est unanimement partagée par les spécialistes du ḥadith : à leurs yeux, ce rapport est fabriqué (mawḍûʿ) et attribué à tort à al-Aʿmash.
ʿAbbâs ad-Dûrî rapporte de Yaḥyâ ibn Maʿîn : « Muḥammad ibn Marwân n’est pas digne de confiance. »
Al-Bukhârî dit : « On s’est tu à son sujet ; on n’écrit absolument pas ses traditions. » (1)
Al-Jowzjânî déclare : « Son ḥadith est abandonné. » (2)
An-Nasâ’î affirme : « Délaissé dans le ḥadith. » (3)
Ṣâliḥ Jazarah dit : « Il fabriquait des ḥadiths » ; et Abû Ḥâtim ar-Râzî ainsi qu’al-Azdî ajoutent : « Délaissé dans le ḥadith. » (4)
Ad-Dâraqutnî juge : « Faible. » (5)
Ibn Ḥibbân énonce : « Il n’est pas permis d’écrire ses ḥadiths, ni pour se faire une idée, ni pour argumenter, en aucune circonstance. » (6)
Ibn ʿAdî conclut : « La plupart de ce qu’il rapporte n’est pas conservé ; la faiblesse de ses récits est manifeste. »
Ainsi s’achève la discussion concernant ce ḥadith. Nous avons déjà montré que son sens est confirmé par d’autres narrations. Or, même s’il était authentique, il ne stipulerait que ceci : la prière de celui qui prie sur lui depuis un lieu éloigné lui parvient ; il n’y est nullement question du fait qu’il l’entende – contrairement à ce que j’ai vu rapporté par cet objectant. Cela, aucun savant ne l’a jamais affirmé, et on ne le trouve dans aucun ḥadith. Seuls quelques ignorants tardifs prétendent : « La nuit du vendredi et le jour du vendredi, il entend de ses propres oreilles la prière de quiconque prie sur lui. » L’affirmation selon laquelle il entendrait directement la prière de celui qui l’invoque est donc caduque. Les traditions authentiques stipulent seulement qu’elle lui est transmise et présentée, de même que le salâm lui est communiqué par les anges.
Quant à la parole de celui qui prétend qu’il entend la prière provenant de loin, elle est irrecevable : s’il entend par là que la voix du prieur lui parvient, c’est là une pure obstination ; et s’il entend que lui, le Prophète, serait de telle sorte que