On rapporte de Yaḥyā ibn Maʿīn des avis divergents au sujet de ce narrateur : tantôt il disait : « Il est faible », opinion qu’al-Nasaʾî partagea ; tantôt il disait : « Il n’y a pas de mal à le reprendre », et Aḥmad fut d’accord avec lui. Dès lors, si l’on admettait que ce ḥadith contredit un autre plus authentique, il faudrait nécessairement donner la priorité à ce dernier. Par ailleurs, le fait de saluer le défunt et qu’il réponde au salut de celui qui le salue est attesté par d’autres traditions que celle-ci. Si l’on voulait établir une Sunna du Messager d’Allah – que la prière et la salutation d’Allah soient sur lui – sur la base d’un ḥadith de cette teneur, la question demeurerait litigieuse, car la controverse porte à la fois sur sa chaîne de transmetteurs et sur la portée de son texte. Muslim a rapporté, par cette même chaîne, la parole suivante du Prophète – que la prière et la salutation d’Allah soient sur lui : « Quiconque accompagne un cortège funèbre depuis la maison du défunt, accomplit la prière sur lui puis le suit jusqu’à ce qu’il soit enterré, recevra deux qirâṭs de rétribution, chacun équivalant (à la montagne) d’Uḥud ; et celui qui accomplit la prière funéraire puis revient recevra une rétribution équivalant (à la montagne) d’Uḥud. » (1) Ce ḥadith a également été rapporté par al-Bukhârî, Muslim et d’autres encore, d’après Abû Hurayra et ʿÂʾisha – qu’Allah les agrée – par des voies autres que celle-ci. Il est d’ailleurs connu que Muslim peut rapporter d’un narrateur, dans les récits corroboratifs, ce qu’il ne rapporterait pas lorsqu’il est le seul à le transmettre ; cela est établi pour plusieurs rapporteurs. Il distingue, en effet, entre celui de qui il rapporte un ḥadith déjà confirmé par d’autres chaînes, et celui sur lequel il s’appuie lorsqu’il est l’unique transmetteur. C’est pourquoi nombre de savants se sont abstenus de dire, dans ce genre de cas, qu’un ḥadith est « selon les critères de Muslim » ou « selon les critères de al-Bukhârî », comme cela a été développé ailleurs. Huitième point : s’il avait existé dans ce chapitre un ḥadith authentique, il n’aurait pas échappé aux Compagnons et aux Successeurs à Médine ; et, s’ils l’avaient connu, les hommes de science de la cité – Mâlik et d’autres – n’auraient pas réprouvé qu’un individu dise : « J’ai visité la tombe du Prophète – que la prière et la salutation d’Allah soient sur lui. » Leur répugnance envers cette formulation indique donc qu’ils ne disposaient sur ce point d’aucun vestige, ni du Prophète – que la prière et la salutation d’Allah soient sur lui –, ni des Compagnons – qu’Allah les agrée. Neuvième point : les savants qui ont réprouvé cette expression et ceux qui ne l’ont pas réprouvée s’accordent tous pour dire que voyager dans le but de visiter sa tombe – que la prière et la salutation d’Allah soient sur lui – revient en réalité à voyager vers sa Mosquée. Car, même si l’on ne recherchait que la tombe, on ne pourrait s’y rendre autrement qu’en se rendant à la Mosquée ; toutefois, la qualification juridique peut varier selon l’intention, comme il a été expliqué plus haut. Quant au fait de visiter sa tombe de la manière connue pour la visite des tombes, cela est impossible, irréalisable et non légiféré. Ainsi apparaît le bien-fondé de l’opinion de ceux qui ont réprouvé que l’on appelle cette démarche « visite de sa tombe » – que la prière et la salutation d’Allah soient sur lui –, car il ne s’agit pas d’une véritable visite de sa tombe et rien, dans ce qui est accompli, n’est propre à la tombe. Tout ce qui s’y fait n’est qu’un acte d’adoration pouvant être accompli dans toutes les mosquées, mais également hors des mosquées. Or la visite d’une tombe a, par essence, un lien intrinsèque avec la tombe même. Puisque la visite légiférée de sa tombe consiste uniquement en un voyage vers sa Mosquée et en une adoration qui s’accomplit en son sein, sans rien de particulier à la tombe, l’avis de ceux qui se sont abstenus de l’appeler « visite de sa tombe » est donc le plus conforme à la Sharîʿa, à la raison et à l’usage linguistique. Il ne reste donc que le voyage vers sa Mosquée, et celui-ci est établi par le texte même.
(1) Rapporté par Muslim (945).
اختلف فيه عن يحيى بن معين، فمرة قال: هو ضعيف، ووافقه النسائي، ومرة قال: لا بأس به، ووافقه أحمد. فلو قدّر أن هذا الحديث مخالف لما هو أصح منه وجب تقديم ذاك عليه، ولكن السلام على الميت ورده السلام على من سلم عليه قد جاء في غير هذا الحديث. ولو أريد إثبات سنة لرسول الله صلى الله عليه وسلّم بمثل هذا الحديث لكان هذا مختلفا فيه، فالنزاع في إسناده وفي دلالة متنه. ومسلم روى بهذا الإسناد قوله صلى الله عليه وسلّم: «من خرج مع جنازة من بيتها وصلى عليها ثم اتبعها حتى تدفن كان له قيراطان من الأجر كل قيراط مثل أحد، ومن صلى عليها ثم رجع كان له من الأجر مثل أحد» «١» . وهذا الحديث قد رواه البخاري ومسلم وغيرهما من حديث أبي هريرة وعائشة رضي الله عنهما من غير هذا الطريق. ومسلم قد يروي عن الرجل في المتابعات ما لا يرويه فيما انفرد به، وهذا معروف منه في عدة رجال، يفرّق بين من يروي عنه ما هو معروف من رواية غيره، وبين من يعتمد عليه فيما ينفرد به، ولهذا كان كثير من أهل العلم يمتنعون أن يقولوا في مثل ذلك هو على شرط مسلم أو البخاري كما بسط هذا في موضعه. الوجه الثامن: أنه لو كان في هذا الباب حديث صحيح لم يخف على الصحابة والتابعين بالمدينة ولو كان ذلك معروفا عندهم لم يكره أهل العلم بالمدينة- مالك وغيره- أن يقول القائل: زرت قبر النبي صلى الله عليه وسلّم، فلما كرهوا هذا القول دلّ على أنه ليس عندهم فيه أثر، لا عن النبي صلى الله عليه وسلّم ولا عن الصحابة رضي الله عنهم. الوجه التاسع: أن الذين كرهوا هذا القول والذين لم يكرهوه من العلماء متفقون على أن السفر إلى زيارة قبره صلى الله عليه وسلّم إنما هو سفر إلى مسجده، ولو لم يقصد إلا السفر للقبر لم يمكنه أن يسافر إلا إلى المسجد، لكن قد يختلف الحكم بنيته كما تقدم. وأما زيارة قبره كما هو معروف في زيارة القبور فهذا ممتنع غير مقدور ولا مشروع، وبهذا يظهر أن قول الذين كرهوا أن يسمي هذا زيارة لقبره صلى الله عليه وسلّم قولهم أولى بالصواب، فإن هذا ليس زيارة لقبره ولا فيه ما يختص بالقبر، بل كل ما يفعل فإنما هو عبادة تفعل في المساجد كلها، وفي غير المساجد أيضا. ومعلوم أن زيارة القبر لها اختصاص بالقبر، ولما كانت زيارة قبره المشروعة إنما هي سفر إلى مسجده، وعبادة في مسجده، ليس فيها ما يختص بالقبر؛ كان قول من كره أن يسمّي هذا زيارة لقبره أولى بالشرع والعقل واللغة، ولم يبق إلا السفر إلى مسجده، وهذا مشروع بالنص
(١) أخرجه مسلم (٩٤٥)