Comme l’ont recommandé Mâlik et d’autres, mais l’on dira : quelle est donc la limite de cette proximité ? Et, lorsqu’une limite lui est assignée, celui qui se trouve au-delà a-t-il tout de même accompli l’acte recommandé ? D’autres, parmi les savants tardifs, estiment qu’il convient au contraire de s’éloigner de la Chambre, ainsi que l’ont rapporté certains disciples d’Abû Ḥanîfa et d’al-Shâfi‘î – qu’Allah leur fasse miséricorde. Est-ce d’une coudée, d’une brasse ou davantage ? Quelques ḥanafites l’ont fixée à quatre coudées.
Ils ont en effet déclaré : lorsque le visiteur lui adresse la salutation, il se tourne vers la qibla, place la Chambre sur sa gauche et ne s’en approche pas davantage. Et – Allah est plus Savant – les Anciens ont tenu ces propos parce que la salutation visée est celle qu’ordonne le Coran, à l’instar de la prière sur lui ; il ne s’agit pas du salâm de taḥiyya dont la réponse revient à la personne saluée. Pour ce dernier, nul éloignement n’est prescrit, l’orientation vers la qibla n’est pas requise et la voix ordinaire suffit à se faire entendre. En résumé, quiconque affirme qu’il s’agit du salâm de taḥiyya, dans l’espoir d’obtenir une réponse, doit nécessairement délimiter l’endroit où il le profère.
On demandera alors : jusqu’où la salutation est-elle perçue et rendue ? S’il fixe à cet égard une coudée, deux coudées, dix coudées, ou avance que cela s’étend à toute la Mosquée, voire à l’extérieur, il lui faut en produire la preuve. Or les hadiths authentiques n’en mentionnent que ceci :
« Les anges lui transmettent la prière de quiconque prie sur lui et la salutation de quiconque le salue. »
Il n’y est nulle part indiqué qu’il – que la prière et la salutation d’Allah soient sur lui – les entend personnellement. Dès lors, celui qui prétend qu’il entend et répond depuis l’extérieur de la Chambre, à un endroit plutôt qu’à un autre, doit déterminer une limite ; or il est notoire qu’aucune limite légale n’existe à ce sujet : quiconque en pose une se verra contredit par celui qui l’augmente ou la réduit, sans distinction valable.
Par ailleurs, la chose varie selon que la voix est haute ou basse ; or la Sunna, pour le saluer, est de baisser la voix, tandis qu’élever la voix dans sa Mosquée est proscrit, qu’il s’agisse de la salutation, de la prière ou d’autre chose. Cela diffère du visiteur se trouvant dans la Chambre : il existe une nette distinction entre lui et celui qui salue depuis la Mosquée. De plus, la Sunna pour celui qui entre dans sa Mosquée est d’abaisser sa voix ; s’il l’élève, il manque de bienséance en élevant la voix dans la Mosquée, et s’il ne l’élève pas, la voix n’atteint pas l’intérieur de la Chambre. Il en va autrement du salâm qu’Allah et Son Messager ont institué, par lequel Allah accorde Sa prière à celui qui le prononce comme Il l’accorde à celui qui prie sur lui ; celui-là est légiféré partout et n’est pas limité à la tombe.
En somme, cette question fait l’objet d’une ancienne controverse parmi les savants. Quoi qu’il en soit, aucun des savants qui ont jugé recommandé le salâm de taḥiyya dans la Mosquée ne possédait de hadith sur le mérite de la visite de sa tombe pour appuyer son opinion ; il est donc manifeste que ces récits ne sont pas reconnus par les gens de science. En effet, après examen, j’ai constaté que leurs rapporteurs étaient tantôt des menteurs, tantôt des transmetteurs faibles et médiocres dans la mémorisation, et ainsi de suite, comme cela a été exposé ailleurs.
Quant au hadith contenant ces mots :
« Aucun homme ne me salue sans qu’Allah ne me rende mon âme afin que je lui réponde à sa salutation »,
Aḥmad et d’autres savants l’ont pris comme preuve. On a dit qu’il répond aux conditions de Muslim, non à celles d’al-Bukhârî. Il est connu par la voie de Ḥayât ibn Shurayḥ al-Miṣrî – un homme vertueux et fiable – d’après Abû Ṣakhr, d’après Yazîd ibn ʿAbd Allâh ibn Qusayṭ, d’après Abû Hurayra. Muslim a effectivement rapporté un hadith avec cette chaîne, et Abû Ṣakhr jouit d’une fiabilité moyenne. C’est pourquoi