Abû Zayd ʿUmar ibn Shabbah an-Namirî rapporte, dans son ouvrage « Akhbâr al-Madînah » – la Cité du Messager, que la prière et la paix d’Allah soient sur lui –, d’après ses maîtres et ceux qui lui ont transmis, que lorsque ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzîz fut vice-roi d’al-Walîd à Médine, en l’an quatre-vingt-onze de l’Hégire, il fit démolir la mosquée et la rebâtit avec des pierres sculptées et parfaitement appareillées ; il en réduisit la hauteur et la revêtit de mosaïque (1) et de marbre, recouvrit son plafond de bois de sâj (2) doré à la feuille, abattit les appartements des Mères des Croyants – qu’Allah soit satisfait d’elles – pour les intégrer à la mosquée, y fit entrer la tombe, puis transporta les briques de la mosquée et celles des appartements afin de construire sa demeure dans la ḥarra ; elles s’y voient encore aujourd’hui, formant une blancheur sur le pisé.
Il dit encore : « Muḥammad ibn Yaḥyâ nous a rapporté, d’après Isḥâq ibn Ibrâhîm, d’après Hârûn ibn Kathîr, que ʿUmar utilisa les pierres de la mosquée du Prophète – paix et salut d’Allah sur lui – pour édifier deux assises de maçonnerie au sommet de la mosquée Banû Ḥarâm, située dans la passe, ainsi que l’assise inférieure (3). »
Abû Zayd poursuivit : « Muḥammad ibn Yaḥyâ nous a rapporté – ʿAbd al-ʿAzîz ibn ʿImrân me rapporta, d’après Jaʿfar ibn Wardân, d’après son père – que, lorsque al-Walîd nomma ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzîz, il lui ordonna d’agrandir et de reconstruire la mosquée. ʿUmar acheta donc les terrains qui l’entouraient à l’est, à l’ouest et au nord. Lorsqu’il parvint au côté de la qiblah, ʿUbayd Allâh ibn ʿAbd Allâh ibn ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb lui dit : « Nous ne vendrons pas cette partie ; elle appartient au patrimoine de Ḥafṣah, et le Prophète, paix et salut d’Allah sur lui, y résidait. » ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzîz répondit : « Je ne vous laisserai pas avant de l’avoir intégrée à la mosquée. »
Lorsque la discussion s’envenima, ʿUmar proposa : « Je vous aménagerai dans la mosquée une porte par laquelle vous pourrez entrer ; je vous donnerai la Dâr ar-Riqîq en échange de cette ruelle, et le reste de la maison vous reviendra. » Ils acceptèrent ; il fit donc sortir leur porte de l’enceinte – c’est la petite ouverture (al-khawkha) qui, dans la mosquée, donne sur la demeure de Ḥafṣah bint ʿUmar – et il leur donna la Dâr ar-Riqîq. Il avança le mur jusqu’à son emplacement actuel, ajouta, du côté oriental, l’espace compris entre la colonne carrée et le mur actuel – soit dix colonnes, de l’angle carré de la tombe jusqu’à l’esplanade vers le nord – et l’étendit vers l’ouest de deux colonnes. Il incorpora les appartements des épouses du Prophète – paix et salut d’Allah sur lui – ainsi que les trois demeures de ʿAbd ar-Raḥmân ibn ʿAwf, appelées al-qarâ’in.
Il ajouta : « Lorsque al-Walîd vint en pèlerinage, il se mit à parcourir la mosquée, l’observant et disant : “Ici…”, tandis qu’Abân ibn ʿUthmân l’accompagnait. Quand al-Walîd eut fini d’examiner la mosquée, il se tourna vers Abân ibn ʿUthmân et dit : “Que vaut notre édifice comparé au vôtre ?” Abân répondit : “Nous l’avons bâtie comme on bâtit les mosquées, alors que vous l’avez bâtie comme on bâtit les églises.” »
Il précisa encore : « ʿUmar passa trois années à cette construction. »
Abû Zayd rapporta enfin : Abû Ghassân dit – et nous l’avons entendu – qu’al-Walîd dit à ʿUmar : « Qu’est-ce qui t’a empêché de dresser le mur de la mosquée sur le même alignement que le mur… »