Parmi les éléments qui éclairent encore cette question, il y a le fait que sa Mosquée, à l’instar de toutes les autres, n’est pas réservée à une catégorie d’actes d’adoration qui ne seraient pas légiférés ailleurs. Il en est de même pour la Mosquée al-Aqsâ ; toutes deux se distinguent seulement en ce que l’adoration qui s’y accomplit est plus méritoire. Quant à la Mosquée Sacrée (al-Masjid al-Ḥarâm), elle se singularise par le tawâf, le fait de toucher l’Angle, de baiser la Pierre, et d’autres pratiques spécifiques. S’agissant des deux autres mosquées, tout ce qui y est prescrit — prière, évocation, retraite spirituelle, apprentissage et enseignement, louange du Messager, prière et salut sur lui, ainsi que les autres formes d’adoration — est également légiféré dans l’ensemble des mosquées. Or, l’acte que l’on nomme « visite de sa tombe » ne se réalise que dans sa Mosquée et non en dehors. Il en ressort que la part légiférée de cet acte l’est dans toutes les mosquées ; sa tombe n’est donc le siège d’aucune catégorie particulière d’adorations, bien que l’adoration accomplie dans sa Mosquée soit supérieure à celle qui s’effectue ailleurs, en raison de la Mosquée elle-même et non de la tombe.
Cela se confirme encore par le fait qu’aucun Compagnon n’est connu pour avoir employé l’expression « visite de sa tombe », que ce soit pour y encourager ou autrement ; il apparaît donc que cette appellation n’avait pour eux aucune réalité. C’est pourquoi certains savants ont réprouvé l’usage de cette expression. Quant à ceux qui l’ont employée, ils n’entendaient par là que se rendre à sa Mosquée, y accomplir la prière et y adresser le salut — que ce soit à proximité de la Chambre prophétique ou à distance, en se tournant vers la qibla ou vers la Chambre.
Aucun des Imâms des musulmans, qu’il s’agisse des quatre ou d’autres, n’a argumenté sur la base d’un texte rapportant l’expression « visite de sa tombe ». Ils se fondent uniquement, par exemple, sur la pratique d’Ibn ʿUmar, à savoir qu’il adressait le salut, ou sur la parole rapportée du Prophète — paix et salut d’Allah sur lui : « Il n’est pas un homme qui me salue sans qu’Allah ne me rende mon âme afin que je lui réponde au salut. » L’argument repose donc sur le terme « salut », et non sur celui de « visite ».
Il n’existe dans aucune des compilations musulmanes auxquelles on se réfère en ḥadîth et en fiqh la moindre base, provenant du Messager ou de ses Compagnons, concernant la visite de sa tombe. Dans la plupart des ouvrages des savants de référence, on ne trouve aucune recommandation en ce sens ; on y évoque plutôt Médine, ses mérites et son statut de sanctuaire, sa Mosquée, l’excellence de la prière qui s’y accomplit, le voyage vers celle-ci et vers la Mosquée Sacrée, les vœux relatifs à ces lieux, et d’autres questions analogues, sans jamais recommander la visite de sa tombe, ni sous cette appellation ni sous une autre. Rien de tel ne figure dans les Deux Ṣaḥîḥ ni dans leurs homologues, ni dans la plupart des Sunan — tels an-Nasâ’î, at-Tirmidhî et autres —, ni dans les Musnads d’ash-Shâfiʿî, Aḥmad, Isḥâq et assimilés parmi les Imâms.
D’autres auteurs ont certes mentionné ce qui a trait à la tombe, mais sans employer l’expression « visite de sa tombe ». Ainsi, Mâlik rapporte dans le Muwaṭṭa’ qu’Ibn ʿUmar saluait le Prophète — paix et salut d’Allah sur lui —, Abû Bakr et ʿUmar ; et Abû Dâwûd, dans ses Sunan, a consacré un chapitre intitulé « Ce qui a été rapporté au sujet de la visite de la tombe », où il cite la parole : « Il n’est pas un homme qui me salue sans qu’Allah ne me rende mon âme afin que je lui réponde au salut. »