Considérer cette pratique recommandée pour ceux-ci et réprouvée pour ceux-là est un jugement juridique qui exige une preuve issue de la Sharîʿa. Or, nul ne saurait transmettre du Prophète — que les prières et le salut d’Allâh soient sur lui — qu’il aurait prescrit aux habitants de Médine de se rendre auprès de la tombe au moment des adieux, qu’il aurait légiféré pour eux et pour d’autres de le faire à leur retour de voyage, ou qu’il aurait institué pour les visiteurs étrangers la répétition de cette salutation chaque fois qu’ils entrent ou sortent de la mosquée, alors qu’il ne l’a pas prescrite aux gens de Médine.
Une telle prescription n’a donc été rapportée ni du Prophète — que les prières et le salut d’Allâh soient sur lui — ni de ses califes, et elle n’est pas connue dans la pratique des Compagnons. On ne possède que le récit d’Ibn ʿUmar saluant à l’arrivée de voyage, pratique qui n’était pas celle des califes ni des plus éminents Compagnons. En effet, Ibn ʿUmar recherchait, durant ses déplacements, les lieux où le Prophète avait prié, séjourné ou traversé, alors que la plupart des Compagnons n’agissaient pas ainsi; bien au contraire, son père ʿUmar interdisait ce genre de pratiques.
Saʿîd ibn Manṣûr rapporte dans ses Sunan : Abû Muʿâwiya nous a relaté, d’après al-Aʿmash, d’après al-Maʿrûr ibn Suwayd, d’après ʿUmar qui dit : « Nous sortîmes avec lui pour le ḥajj qu’il accomplit; lors de la prière de l’aube, il nous récita : “N’as-tu pas vu comment ton Seigneur a agi envers les gens de l’Éléphant” (Al-Fîl, 1), puis, dans la seconde rakʿa, “Pour les alliances des Quraysh” (Quraysh, 1). À son retour du pèlerinage, il vit les gens se hâter vers une mosquée. Il demanda : “Qu’est-ceci ?” On répondit : “Une mosquée où le Messager d’Allâh — que les prières et le salut d’Allâh soient sur lui — a prié.” Il déclara alors : « Voilà la voie des Gens du Livre avant vous : ils prirent les traces de leurs prophètes pour en faire des lieux de culte. Que celui d’entre vous à qui l’heure de la prière survient dans cet endroit y accomplisse la prière; quant à celui à qui elle ne survient pas, qu’il poursuive sa route. » » (1)
Par ailleurs, les Compagnons — Ibn ʿUmar et d’autres — s’accordent à dire qu’il n’est pas recommandé aux habitants de Médine de s’arrêter devant la tombe pour saluer lorsqu’ils entrent ou sortent de la mosquée; cette pratique est même réprouvée. Il apparaît dès lors la faiblesse de l’argument de celui qui se prévaut de la parole : « Il n’est aucun homme qui me salue sans qu’Allâh ne me rende mon âme afin que je lui réponde. » Si ce ḥadith indiquait qu’il est recommandé de le saluer depuis la mosquée, les Compagnons ne l’auraient pas unanimement délaissé, qu’il s’agisse de celui qui revient de voyage ou d’un autre. Or, leur abandon unanime d’une chose aisément réalisable montre qu’elle n’est pas recommandée; à vrai dire, si elle avait été permise, certains l’auraient pratiquée. Cela prouve donc qu’à leurs yeux elle faisait partie des actes proscrits, comme l’attestent d’autres traditions.
Par conséquent, la réponse à ce ḥadith est la suivante : soit on le déclare faible, selon l’avis de ceux qui l’affaiblissent; soit on affirme qu’il confère un mérite au Messager pour avoir répondu, et non à celui qui salue, l’affaire relevant du principe de la rétribution et de la compensation, à tel point qu’elle est légiférée aussi bien pour le vertueux que pour le pécheur; soit encore on dit que cela ne concerne que celui qui lui adresse la salutation de près, la proximité s’entendant de sa maison. Car, si aucune limite n’est fixée, il ne resterait plus de borne légale, comme cela a été exposé plus haut.
Quant à la seconde approche, elle revient à dire que le ḥadith ne comporte ni éloge ni louange pour celui qui salue