Les êtres adorés en dehors d’Allâh, qu’il s’agisse d’alliés — tels les anges, les prophètes et les vertueux — ou d’idoles, se sont tous désavoués de ceux qui les vénèrent et ont déclaré qu’il ne leur appartient ni de prendre pour alliés ceux qui les adorent ni que ces derniers se réclament de leur alliance. Le Messie, comme d’autres, est donc innocent de l’association commise à son sujet et du péché qui en découle.
Cependant, l’objectif est de mettre en évidence la faveur par laquelle Allâh a honoré Muḥammad — paix et salut d’Allâh sur lui — et sa communauté : l’établissement de l’unicité d’Allâh, l’appel à L’adorer exclusivement, l’exaltation de Sa Parole et de Sa religion, la manifestation de la guidée et de la religion de vérité avec lesquelles Allâh l’a envoyé, ainsi que la protection qu’Allâh a accordée à sa personne et à sa tombe afin que celle-ci ne soit pas érigée en mosquée.
Car cela figure parmi les causes les plus puissantes de l’égarement des Gens du Livre ; c’est pourquoi le Prophète — paix et salut d’Allâh sur lui — les a maudits pour cet acte, afin de mettre sa communauté en garde, et il a affirmé que ces gens sont, auprès d’Allâh, les pires des créatures au Jour de la Résurrection.
Et parce que ses Compagnons étaient les plus savants quant à sa religion et les plus obéissants envers lui, aucune des innovations qui apparurent chez ceux qui leur succédèrent ne se manifesta parmi eux — ni en matière de tombes ni dans d’autres domaines. On ne connaît aucun Compagnon qui ait sciemment menti au sujet du Messager d’Allâh — paix et salut d’Allâh sur lui —, même si certains d’entre eux avaient des péchés ; mais, dans cette question, Allâh les a préservés de toute falsification délibérée à l’encontre de leur Prophète.
De même, les innovations flagrantes et notoires — telles que celles des Khawârij, des Rawâfiḍ, des Qadariyya (1) et des Murji’a (2) — n’étaient pas connues
(1) Les Qadariyya sont les partisans de Maʿbad al-Juhnī, Ghailān al-Dimashqī et al-Jaʿd ibn Dirham. On les appelle « Qadariyya » par antiphrase, car ils nient la prédestination et la volonté divines, affirmant que l’homme agit par sa seule volonté et sa propre puissance – Dieu n’ayant aucune volonté dans ses actions. Le Prophète ﷺ les a comparés aux Magiens (« fils de Dâwûd ») de cette Umma, dans la mesure où, à l’instar des mages qui attribuent la création du bien à la Lumière et celle du mal aux Ténèbres, ils soutiennent que les événements ont deux créateurs : ceux issus des actes humains sont produits par l’homme, ceux relevant de l’action divine sont créés par Dieu. Voir al-Farq bayna al-Furûq, p. 14 et Majmûʿ fatâwâ wa-rasâʾil al-Shaykh Ibn ʿUthaymīn, vol. 4, p. 229 et suiv. (2) Le terme irjâʾ, en langue, signifie à la fois « différer » et « donner l’espérance ». Les Murjiʾa sont ceux qui ajournent le jugement des œuvres par rapport à la foi, soutenant que la foi se limite à la simple adhésion intellectuelle et que les actes n’entrent pas dans sa définition. Ils en ont déduit de nombreuses ramifications sectaires dotées d’autres croyances. Voir al-Milal wa-l-Nihal, vol. 1, p. 161 et suiv. (éd. al-Maʿrifa) ; al-Farq bayna al-Furûq, p. 151 ; Maqâlât al-Islâmiyyîn, vol. 1, p. 213 et suiv. ; Furuq muʿâṣirah tantashibu ilâ al-Islâm, vol. 2, p. 923 et suiv. Note : je n’ai pas retenu l’ouvrage al-Ẓâhirah al-Irjâʾ de cheikh Saffâr al-Hawâlī – malgré sa réfutation des Murjiʾa et quelques apports – car il y fait l’éloge de courants khârijites et qutbistes, loue leurs figures et attaque des savants salafis, notamment le muḥaddith al-Albânî. De plus, des savants ont mis en garde contre ce livre ; al-Albânî l’a qualifié de « livre d’une extrême perversité, jamais je n’aurais cru que l’affaire puisse en arriver à ce point » (voir Maʿa Shaykhinâ Nāṣir al-Sunnah wa-l-Dîn, cheikh ʿAlî b. Ḥasan al-Ḥalabî, p. 49). L’imam al-Albânî a par ailleurs rédigé une réfutation, publiée avec l’aide de Dieu. Voir enfin Masâ’il ʿIlmiyyah fî al-Daʿwah wa-l-Siyâsah al-Sharʿiyyah, cheikh ʿAlî b. Ḥasan, p. 30-31.