Ainsi, ils ne sollicitent personne pour qu’on pratique sur eux la ruqya ; or la ruqya n’est qu’une invocation ; que dire alors de tout ce qui la dépasse en gravité ?
Il est évident que, si l’on avait fait de sa tombe une fête, une mosquée ou une idole, et que les gens se fussent mis à l’appeler, à se lamenter auprès d’elle, à la solliciter, à placer leur confiance en elle, à implorer son secours et sa protection, voire à se prosterner devant elle, à tourner autour d’elle et à accomplir le pèlerinage jusqu’à elle – autant d’actes qui relèvent exclusivement des droits d’Allah, nul associé pour Lui –, la sagesse d’Allah voulut donc qu’il fût enterré dans sa chambre, que les gens soient empêchés de voir sa tombe, de s’y attarder, de la visiter et de lui faire des actes assimilés, afin d’établir le Tawḥîd d’Allah, de L’adorer Lui seul sans associé et de vouer la religion exclusivement à Allah.
Quant aux tombes des habitants d’al-Ba qîʿ ou d’autres croyants, on ne doit rien de tel auprès d’elles. Si toutefois cela venait à s’y produire, on empêcherait ceux qui agissent ainsi et l’on détruirait les mosquées qu’ils auraient édifiées dessus. Et si la tentation ne pouvait être supprimée qu’en aplanissant la tombe et en l’effaçant, on le ferait, comme les Compagnons le firent sur l’ordre de ʿUmar ibn al-Khattâb pour la tombe de Dâniyâl (1).
Quant à savoir si cela élève davantage son rang et accroît son mérite, c’est parce que la finalité légiférée de la visite des tombes des croyants, telles que celles des gens d’al-Ba qîʿ ou des martyrs d’Uḥud, est de prier pour eux, ainsi qu’il le faisait lorsqu’il les visitait et qu’il l’a prescrit à sa communauté. Si l’on avait légiféré pour la communauté de visiter sa tombe afin de prier sur lui, de lui adresser la salutation et d’invoquer en sa faveur – comme certains habitants de Médine le faisaient parfois –, Mâlik a clairement montré qu’il s’agit d’une innovation qui n’a été rapportée ni des premières générations ni des savants de Médine et qu’elle est réprouvée, car rien ne réformera la dernière partie de cette communauté si ce n’est ce qui a réformé sa première. Or, si cela avait été instauré, quelques personnes se rendraient à sa tombe ; puis, sous l’effet de la vénération qu’elles nourrissent dans leurs cœurs, de la connaissance que les créatures ont qu’il est le meilleur des Messagers, le plus éminent en dignité et l’intercesseur le plus considéré auprès de son Seigneur, l’âme serait portée à lui demander ses besoins et ses intérêts, en délaissant son droit – qui consiste à prier sur lui, à lui adresser la salutation et à invoquer en sa faveur.
Les gens se comportent ainsi à l’égard de leur Seigneur, sauf ceux à qui Allah a accordé la véritable foi : ils ne magnifient Allah qu’en cas de nécessité, pour satisfaire leurs propres desseins.
Allah – Très-Haut – dit :
« Quand le malheur atteint l’homme, il Nous implore, tantôt couché, tantôt assis, tantôt debout ; puis, lorsque Nous avons écarté de lui le mal qui l’affligeait, il passe comme s’il ne Nous avait jamais imploré pour le mal qui l’avait touché. » (Yûnus, 12)
Il dit aussi :
« Et lorsque le malheur vous atteint en mer, tout ce que vous invoquez en dehors de Lui s’égare, à l’exception de Lui seul. » (Al-Isrâ’, 67)
Il dit encore :
« Quand le malheur atteint l’homme, il invoque son Seigneur en se tournant vers Lui repentant ; puis, lorsqu’Il lui accorde de Sa part un bienfait… » (Az-Zumar, 8)
Nombre d’autres versets du même ordre figurent dans le Coran.
Ainsi, lorsque ces gens – à l’exception de ceux qu’Allah a voulus – ne magnifient leur Seigneur, ne L’unifient et ne Le mentionnent qu’au moment où ils ont besoin de Lui pour leurs propres intérêts, puis qu’ils ne reconnaissent plus Son droit une fois la délivrance venue : ils ne L’aiment pas, ne L’adorent pas, ne Le remercient pas et n’accomplissent pas Son obéissance, comment se comporteront-ils alors envers une créature ?
(1) Il s’agit de la tombe du prophète Dâniyâl, dont le tertre fut nivelé sur ordre de ʿUmar – qu’Allah l’agrée – afin de prévenir toute tentation.