Je dis :
Ibn Abî Hâtim a rapporté, par la chaîne de transmission de Sufyân ath-Thawrî, d’après Ṣafwân ibn Murrah, d’après Mujâhid, au sujet de ce verset :
« Puis, lorsque vous entrez dans des demeures, adressez-vous une salutation venant d’Allah, bénie et bonne. » [An-Nûr, 61].
Il a dit : « Lorsque tu entres dans une maison où il n’y a personne, dis : « As-Salâmu ʿalaynâ wa ʿalâ ʿibâdillâhi ṣ-ṣâliḥîn » (Que la paix soit sur nous et sur les pieux serviteurs d’Allah). Et lorsque tu entres dans la mosquée, dis : « As-Salâmu ʿalâ Rasûlillâh – ṣallallâhu ʿalayhi wa sallam ». Et quand tu entres auprès de ta famille, dis : « As-Salâmu ʿalaykum ».
Je dis :
Les récits à ce sujet sont exposés en détail dans divers ouvrages.
Le propos ici est de faire connaître la voie des prédécesseurs quant à la distinction entre ce qu’Allah a ordonné — à savoir l’invocation de la prière et de la salutation sur lui — et la salutation de convenance qui exige une réponse, salutation à laquelle participe tout croyant, vivant ou mort, et à laquelle on répond même envers le mécréant. C’est pour cela que les Compagnons, à Médine, à l’époque des califes bien guidés puis après eux, lorsqu’ils entraient dans la mosquée pour la prière, la retraite pieuse, l’enseignement ou l’apprentissage, l’évocation d’Allah et l’invocation, ou toute autre pratique légiférée dans les mosquées, ne se dirigeaient pas vers l’emplacement de la tombe pour la visiter ; ils ne se tenaient pas non plus à l’extérieur de la chambre, pas plus qu’ils n’y entraient pour une visite.
– «ʿAmal al-yawm wal-layla» (86), al-Hakim (t. 1, p. 207), al-Bayhaqî dans ses Sunan (t. 2, p. 542), Ibn Ḥibbân dans son Ṣaḥîḥ (n° 2047, 2050) et Ibn Ḥajar dans Nataʾij al-Afkâr (t. 1, p. 275).
Voie : Abû Bakr al-Ḥanafî. Dhahhak ibn ʿUthmân nous a rapporté d’après Saʿîd al-Maqbûrî, d’après Abû Hurayra, le hadith en niveau marfūʿ.
Al-Hakim l’a authentifié selon les conditions des deux Cheikhs, et al-Dhahabî lui a donné raison. De même, al-Bûsirî l’a validé dans Miṣbâḥ al-Zujâja.
Je dis : L’authentification d’al-Hakim selon le critère des deux Cheikhs est discutable, car Dhahhak ibn ʿUthmân figure parmi les narrateurs qu’on ne retrouve que dans Muslim (premier point). Deuxièmement, ce hadith présente une ʿilla (défectuosité).
L’imâm écrit dans Nataʾij al-Afkâr : «Les narrateurs de ce hadith appartiennent à ceux du Ṣaḥîḥ ; cependant, an-Nasa’î y relève une faille, car il l’a transmis par la chaîne de Muhammad ibn ʿAjlân – de Saʿîd al-Maqbûrî – d’Abû Hurayra – de Kaʿb al-Aḥbar qui lui a dit : “Je t’enjoins deux choses…”, etc. – et aussi par la chaîne de Muhammad ibn ʿAbd ar-Raḥmân ibn Abî Dhayb – de Saʿîd al-Maqbûrî – de son père – d’Abû Hurayra – de Kaʿb. An-Nasa’î commente : “La transmission d’Ibn Abî Dhayb est plus solide chez nous que celle de Dhahhak ibn ʿUthmân ou de Muhammad ibn ʿAjlân, et son hadith est plus près de la vérité.”»
Je dis : La version d’Ibn ʿAjlân est rapportée par ʿAbd ar-Razâq dans son Musannaf (n° 1671), et Ibn Abî Shayba dans leurs Musannafs respectifs [Musannaf Ibn Abî Shayba, t. 10, p. 406, n° 29767]. ʿAbd ar-Razâq la transmet aussi d’après Abû Maʿshar, de Saʿîd al-Maqbûrî : Kaʿb dit à Abû Hurayra… Ainsi, ces trois récensions s’opposent à Dhahhak sur l’élévation au rang de marfūʿ, et Ibn Abî Dhayb ajoute un transmetteur à la chaîne. Cette ʿilla a échappé à ceux qui l’ont authentifié par la voie de Dhahhak. En fin de compte, le hadith reste ḥasan grâce à ses corroborations. Et Dieu sait mieux.
Je signale que le muḥaddith Muqbil ibn Hâdî al-Wâdiʿî a relevé cette ʿilla dans son ouvrage captivant Aḥâdîth muʿalla ẓâhiruhâ al-ṣiḥḥa (p. 434, n° 465), ainsi que cheikh Mashhûr ibn Ḥasan – qu’Allâh le préserve – dans son édition critique de Jalâʾ al-Afhâm (pp. 106-107).