La majorité de la communauté, toutes tendances confondues ; or, plus elle s’éloignait de la voie des Salaf, plus elle était renommée pour l’innovation.
Il apparaît donc que l’emblème des gens de l’innovation consiste à ne pas revendiquer l’adhésion aux Salaf ; c’est pourquoi l’imâm Aḥmad a dit, dans l’épître adressée à ʿAbdous b. Mâlik :
« Les fondements de la Sunna, selon nous, consistent à s’attacher à ce sur quoi étaient les Compagnons du Prophète – صلى الله عليه وسلم. » (1)
Quant aux théologiens affirmateurs – parmi les Kullâbiyyah, les Karrâmiyyah et les Ashʿariyyah – ainsi qu’aux juristes, aux soufis et aux traditionalistes, ceux-ci, de façon générale, ne dénigrent pas les Salaf ; ils peuvent même les rejoindre dans la plupart des points fondamentaux de leur doctrine. Toutefois, plus l’un d’entre eux possède la science du ḥadith, plus il connaît la voie des Salaf et la suit. La vénération accordée aux Salaf au sein de chaque groupe est, en réalité, proportionnelle à son attachement à la Sunna et à la rareté de ses innovations.
Prétendre que la revendication de l’appartenance aux Salaf serait un signe distinctif des gens de l’innovation est donc catégoriquement faux ; un tel phénomène n’est possible que là où l’ignorance est répandue et la science peu présente.
Pour l’illustrer : nombre de disciples d’Abû Muḥammad (2), parmi les partisans d’Abû al-Ḥasan al-Ashʿarî, déclarent ouvertement qu’ils s’écartent des Salaf dans des questions telles que la foi (îmân) et l’interprétation (taʾwîl) des versets et des ḥadiths. Ils disent :
« Le madhhab des Salaf est que la foi est parole et acte ; elle augmente et diminue. Quant aux théologiens de notre école, leur madhhab est ceci ou cela. »
Ils disent également :
« Le madhhab des Salaf est que ces versets et ḥadiths relatifs aux attributs ne doivent pas être interprétés, tandis que les théologiens estiment qu’il est soit obligatoire, soit permis, de les interpréter. » Et ils mentionnent
جمهور الأمَّة من جميع الطوائف، فلمَّا كانوا أبعدَ عن متابعة السَّلف كانوا أشهرَ بالبدعة.
فعُلِمَ أن شعار أهل البدع هو تركُ انتحال اتباع السَّلف؛
ولهذا قال الإمام أحمد في رسالة عَبْدُوس بن مالك:
«أصولُ السُّنة عندنا التمسُّكُ بما كان عليه أصحابُ النبي - صلى الله عليه وسلم -»
(١)
.
وأما متكلِّمةُ أهل الإثبات من الكُلَّابية والكَرَّامية والأشعرية، مع الفقهاء والصُّوفية وأهل الحديث، فهؤلاء في الجملة لا يطعنون في السَّلف، بل قد يوافقونهم في أكثر جُمَل مقالاتهم، لكنْ كلُّ من كان بالحديث من هؤلاء أعلمَ كان بمذهب السَّلف أعلمَ وله أتبَع, وإنما يوجدُ تعظيمُ السَّلف عند كلِّ طائفةٍ بقدر استِنَانها وقلَّة ابتداعها.
أما أن يكون انتحالُ السَّلف من شعائر أهل البدع فهذا باطلٌ قطعًا؛ فإن ذلك غيرُ ممكنٍ إلا حيث يكثرُ الجهلُ ويقلُّ العلم.
يوضِّحُ ذلك:
أن كثيرًا من أصحاب أبي محمد
(٢)
من أتباع أبي الحسن الأشعري يصرِّحون بمخالفة السَّلف في مثل مسألة الإيمان، ومسألة تأويل الآيات والأحاديث,
يقولون:
«مذهبُ السَّلف أن الإيمان قولٌ وعملٌ يزيدُ وينقُص، وأما المتكلِّمون من أصحابنا فمذهبُهم كَيت وكَيت»
،
وكذلك يقولون:
«مذهبُ السَّلف أن هذه الآيات والأحاديث الواردة في الصِّفات لا تُتَأوَّل، والمتكلِّمون يرون تأويلَها إما وجوبًا وإما جوازًا»
, ويذكرون
(١) تقدم (ص: ١٤٩).
(٢) العز بن عبد السلام.