Ils creusaient une fosse afin d’y enterrer des groupes entiers de personnes. Les prix étaient extrêmement élevés, les vivres étaient d’une rareté et d’une cherté extrêmes, et la mort (1) faisait des ravages. Ainsi, au cours du mois de Ṣafar, cent mille personnes ou un peu plus de cent trente mille moururent.
Une grande cherté toucha également la Syrie (aš-Šām), à tel point que la mesure (ġarāra) atteignit le prix de deux cents. Un groupe de Tatars (2), les ʿAwīrānīyah (3), arriva au Šām lorsqu’ils apprirent la montée au pouvoir de Katbughā, puisqu’il faisait partie des leurs. L’armée les accueillit avec largesse, puis ils se rendirent en Égypte avec l’émir (4) Qarāsunqar al-Manṣūrī.
La nouvelle parvint alors que la cherté et la mortalité s’aggravaient en Égypte, au point que l’on disait qu’un poulet s’y vendait à Alexandrie pour trente-six dirhams, et au Caire pour dix-neuf dirhams, tandis que les œufs étaient écoulés par trois pour un dirham. Les ânes, les chevaux, les mulets et les chiens furent décimés parce que les gens les consommaient, et il ne restait plus aucun de ces animaux qui ne fût dévoré.
Le samedi douze Jumādā al-Ūlā, la fonction de Qāḍī al-Qudhāt (grand juge) en Égypte fut attribuée au cheikh, grand savant (5), Taqī ad-Dīn Ibn Daqīq al-ʿĪd, en remplacement de Taqī ad-Dīn Ibn Bint al-Aʿazz. Puis les prix baissèrent dans les provinces égyptiennes, et la détresse comme la faim disparurent durant Jumādā al-Ākhira (6), louange à Dieu.
Le mercredi deux du mois de Rajab, le qāḍī Imām ad-Dīn fut nommé professeur à la madrasa al-Qaymariyya, en remplacement de Ṣadr ad-Dīn Ibn Razīn (décédé). Le Barzālī rapporte qu’au cours de cette même année, la foudre s’abattit sur la coupole de Zamzam, causant la mort du cheikh ʿAlī Ibn Muḥammad Ibn ʿAbd as-Salām, muezzin de la Mosquée sacrée, qui lançait l’appel à la prière depuis le toit de ladite coupole. Il avait également transmis certaines traditions (ḥadīṯ).
Cette année-là également, l’épouse d’al-Malik aẓ-Ẓāhir, la mère de Salāmiš, arriva de la région d’al-Ashkarī à Damas à la fin du mois de Ramaḍān. Le vice-gouverneur de la ville lui dépêcha des présents et des dons, tout en lui assurant des rentes et des hébergements (7). Khālīl Ibn al-Manṣūr, lorsqu’il exerça le pouvoir (8), les avait auparavant exilés.