Le calife al-Mustaʿṣim bi-llāh, Commandeur des croyants, fut mis à mort le mercredi 14 Ṣafar, et sa tombe fut effacée. Il avait alors quarante-six ans et quatre mois. Son califat avait duré quinze ans, huit mois et quelques jours. Son fils aîné, Abū al-ʿAbbās Aḥmad, âgé de vingt-cinq ans, fut tué avec lui, puis son fils du milieu, Abū al-Faḍl ʿAbd al-Raḥmān, qui avait vingt-trois ans, fut également tué. Son plus jeune fils, Mubārak, fut fait prisonnier, de même que ses trois sœurs, Fāṭima, Khadīja et Maryam. On captura, parmi les jeunes filles (vierges) issues de la demeure du califat, près d’un millier de personnes, selon certains récits – Dieu sait mieux. « Nous sommes à Dieu et c’est vers Lui que nous revenons. »
Le maître de la demeure du califat, le shaykh Muḥyī al-Dīn Yūsuf fils du shaykh Abū al-Faraj ibn al-Jawzī, qui était l’ennemi du vizir, fut tué. Ses trois fils furent également tués : ʿAbd Allāh, ʿAbd al-Raḥmān et ʿAbd al-Karīm. Les notables de l’État furent exécutés l’un après l’autre, parmi lesquels le duwaydār mineur, Mujāhid al-Dīn Aybak, Shihāb al-Dīn Sulaymān Shāh, et un groupe d’émirs de la tradition (Ahl al-Sunna) ainsi que des notables de la ville. On convoquait un homme issu de la demeure du califat, de Banū al-ʿAbbās, avec ses enfants et ses épouses [et ses concubines], puis on l’emmenait au cimetière d’al-Khallāl, en face de la Manẓara, où on l’égorgeait comme on égorge un mouton. Ensuite, on faisait prisonnières celles que l’on choisissait parmi ses filles et ses concubines.
Fut également tué le « shaykh al-shuyūkh », l’éducateur du calife, Ṣadr al-Dīn ʿAlī ibn al-Nayyār, de même que les prédicateurs, les imams et les porteurs du Coran. Les mosquées, les assemblées de prière et les prières du vendredi demeurèrent interrompues pendant des mois à Bagdad. Le vizir Ibn al-ʿAlqamī – que Dieu l’enlaidisse et le maudisse – voulut fermer les mosquées, les madrasas et les ribāṭ de Bagdad, ne conserver que les mausolées et les lieux du chiisme, et ériger pour les Rāfiḍites une immense école où ils diffuseraient leur doctrine et leurs étendards. Mais Dieu ne le lui permit pas : Il lui retira Ses bienfaits et écourta sa vie quelques mois seulement après cet événement, puis Il rappela son fils après lui. Ils se rejoignirent tous deux, Dieu sait mieux, dans les tréfonds de l’Enfer.
Quand les quarante jours décrétés arrivèrent à leur terme, Bagdad demeura vide et en ruines, il n’y restait presque plus personne. Les cadavres gisaient dans les rues comme autant de collines, et la pluie qui tomba sur eux altéra leur apparence, si bien que leurs dépouilles empuantirent la ville, viciant l’atmosphère. À cause de cela, une épidémie sévère se déclencha et gagna jusque dans les terres du Shām (Syrie). Un grand nombre de gens en mourut, suite à la corruption de l’air et à son infection. Ainsi, famine, épidémie, extermination, peste et fléau frappèrent simultanément la population. « Nous sommes à Dieu et c’est vers Lui que nous revenons. »