C’est un fait indescriptible. Elle vécut en effet longtemps après son époux al-ʿĀḍid, et fut témoin de la chute de l’État fatimide aux mains du roi [Ṣalāḥ al-Dīn Yūsuf ibn Ayyūb ibn Shādhī] (2) en l’an soixante-quatre, comme il sera exposé en détail, si Dieu le veut.
Cette année-là vit le décès du grand sultan, maître de Ghazna, Khusraw Shāh (3) fils de Bahrām Shāh fils de Masʿūd fils d’Ibrāhīm fils de Masʿūd fils de Maḥmūd fils de Sebuktegīn, issu d’une lignée royale (4) et d’une illustre autorité transmise de père en fils. Il faisait partie des plus grands rois et possédait la meilleure des conduites ; il aimait la science et ses hommes. Son décès eut lieu en Rajab de cette année.
Son fils Malikshāh lui succéda, et ʿAlāʾ al-Dīn al-Ḥusayn fils de Malik al-Ghūr (5) marcha alors contre lui ; il assiégea Ghazna pendant un certain temps, sans parvenir à la prendre, puis s’en retourna bredouille.
Durant cette même année, le sultan Malikshāh (6), fils du sultan Maḥmūd fils de Muḥammad fils de Malikshāh fils d’Alp Arslān le Seldjoukide, mourut empoisonné à Ispahan. On rapporte que le vizir ʿAwn al-Dīn ibn Hubayra aurait fait administrer le poison par l’intermédiaire de quelqu’un, mais Dieu sait mieux ce qu’il en est.
La même année encore, mourut l’émir du pèlerinage Qāymāz (7) fils de ʿAbd Allāh al-Urjuwānī (8). Il tomba de sa monture (9) alors qu’il jouait à la balle dans le champ du calife, au point que son cerveau s’écoula par l’oreille, et il mourut sur-le-champ – qu’Allah lui fasse miséricorde. Il était l’un des meilleurs émirs et les gens le pleurèrent ; une foule nombreuse assista à ses funérailles. Il mourut (10) au mois de Shaʿbān de cette année, et c’est l’émir Bazghash Muqaṭṭiʿ al-Kūfa qui conduisit le pèlerinage.
Au cours de cette année, l’éminent émir Shīrkūh ibn Shādhī, commandant des armées du roi Nūr al-Dīn [Maḥmūd ibn Zankī] (11), accomplit aussi le pèlerinage et fit d’importantes aumônes.
La même année encore, le juge (qāḍī) Zakī al-Dīn (12) Abū al-Ḥasan ʿAlī ibn [Muḥammad ibn Yaḥyā ibn ʿAlī al-Qurashī] demanda à être relevé de ses fonctions