Un jour, [Al-Hallaj] dit à un homme : « Crois en moi jusqu’à ce que je t’envoie un petit oiseau qui, du poids d’un seul grain de sa fiente, le déposera sur tant de livres de cuivre, et cela le transformera en or. » L’homme lui répondit : « Crois plutôt en moi, jusqu’à ce que je t’envoie un éléphant dont les pattes, lorsqu’il se couche sur le dos, atteindront les cieux, et que je pourrai dissimuler, si je le souhaite, dans l’une de mes paupières. » Devant ces propos, Al-Hallaj resta confondu et se tut.
Lorsqu’il arriva à Bagdad, il se mit à appeler les gens à croire en lui, exhibant illusions et autres manifestations d’ordre démoniaque. Il parvenait surtout à convaincre les “Rafidites”, selon ses détracteurs, à cause de leur peu de sens et de leur faible capacité à distinguer le vrai du faux. Un jour, il convoqua le chef de ce groupe et l’invita à avoir foi en lui. Alors, cet homme lui dit : « J’aime les femmes, je suis chauve et j’ai vieilli. Si tu fais disparaître ces deux défauts, je croirai que tu es l’imam infaillible, voire, si tu le désires, j’affirmerai que tu es prophète, ou même que tu es Dieu. » Al-Hallaj en fut abasourdi et ne trouva rien à répondre.
Le shaykh Abû al-Faraj Ibn al-Jawzî raconta : « [Al-Hallaj] était instable et changeait fréquemment d’apparence. Tantôt, il portait des vêtements grossiers (al-musûḥ), tantôt il se revêtait d’une tunique (durrâ‘a), tantôt d’un qabâ’. Avec chaque groupe, il affectait leur doctrine, qu’ils fussent sunnites, “Rafidites”, mu‘tazilites ou autres. »
Alors qu’il séjourna à al-Ahwâz, il se mit à dépenser des pièces qu’il prétendait tirer du néant, qu’il appelait « les dirhams de la Toute-Puissance ». On s’en étonna auprès du shaykh Abû ‘Alî al-Jubbâ’î, qui déclara : « Tout cela n’est qu’une affaire de ruse. Enfermez-le dans une pièce où il n’a aucune issue, puis demandez-lui d’en faire sortir deux gerbes d’épines. » Lorsque ces propos parvinrent à Al-Hallaj, il quitta la région d’al-Ahwâz.