Le jeudi, alors que trois jours de Muharram de cette année s’étaient déjà écoulés, les notables des Banû Hâshim, les juges et les dignitaires se réunirent autour de lui et l’interpellèrent à ce sujet, mais il s’y refusa. Le peuple ne cessa alors de le presser, tantôt par la faveur, tantôt par la crainte, jusqu’à ce qu’il consentît le mercredi (1), après la prière de l’après-midi, soit le quatrième jour de Muharram. Le jeudi matin, alors qu’il restait trois jours à ce mois, on prêta allégeance aux deux fils d’al-Mahdî, Mûsâ et Hârûn ar-Rachîd. Al-Mahdî s’installa dans une grande coupole au sein de l’iwân du califat, puis les émirs entrèrent et lui firent allégeance. Ensuite, il se leva, monta en chaire, et son fils Mûsâ al-Hâdî s’assit plus bas, tandis que ‘Îsâ ibn Mûsâ se tenait sur la première marche. Al-Mahdî prononça un prêche afin d’informer les gens qu’‘Îsâ ibn Mûsâ renonçait à ses droits, qu’il relevait les gens des serments qu’ils avaient prononcés envers lui, et qu’il transmettait ce droit à Mûsâ al-Hâdî. ‘Îsâ ibn Mûsâ confirma ses dires et renouvela son allégeance à al-Mahdî en conséquence. Les gens avancèrent alors pour prêter serment au calife selon leur rang et leur âge. Al-Mahdî fit rédiger à l’intention de ‘Îsâ ibn Mûsâ un document appuyé de serments solennels, incluant divorce et affranchissement, sous le témoignage de plusieurs émirs, ministres et grands personnages des Banû Hâshim et d’ailleurs. Il lui remit également ce que nous avons indiqué en termes de richesses et d’autres biens. Cette même année, ‘Abd al-Malik ibn Shihâb al-Masmu‘î entra dans la ville de Bârbad, en Inde, à la tête d’une imposante armée. Il l’assiégea, érigea contre elle des mangonneaux et l’aspergea de naphte, brûlant une partie de la cité. De nombreux habitants y périrent, et la ville fut prise d’assaut. Comme l’armée souhaitait repartir mais que la mer était trop agitée, elle fut contrainte de demeurer sur place. Un mal, appelé « ḥumâm qurr », affecta alors leurs bouches, causant la mort d’un millier d’hommes, dont al-Rabî‘ ibn Subayḥ. Lorsqu’ils purent enfin partir, ils embarquèrent sur la mer, mais une tempête se déchaîna et fit d’autres noyés. Le reste de l’armée parvint à al-Basra, emmenant avec elle de nombreux captifs, parmi lesquels se trouvait la fille du roi de ces contrées (2). Au cours de cette même année, al-Mahdî décida de considérer les descendants d’Abû Bakra al-Thaqafî comme dépendant du patronage du Messager d’Allah (ﷺ), rompant ainsi leur rattachement à la tribu Thaqîf. Il envoya un arrêté au gouverneur de Basra, mettant un terme à leur lien de filiation avec Ziyâd et avec la descendance de Nâfi‘. À ce propos, voici ce que dit un poète, Khâlid an-Najjâr : « Vraiment, Ziyâd, Nâfi‘ et Abû Bakra Me paraissent du nombre des choses les plus surprenantes. Celui-ci, selon ses dires, est qurayshite, Celui-là est un mawla, Tandis que l’autre se prétend arabe. » Ibn Jarîr rapporte que le gouverneur de Basra ne mit pas en application cette décision (3). Cette année-là, al-Mahdî conduisit le pèlerinage avec les gens, plaçant son fils Mûsâ al-Hâdî à la tête de Bagdad. Il emmena également avec lui son autre fils Hârûn ar-Rachîd et un grand nombre d’émirs, dont Ya‘qûb ibn Dâwud, qui conserva sa position privilégiée. Quant à al-Hasan ibn Ibrâhîm, qui s’était enfui du serviteur et avait trouvé refuge au Hijâz, il obtint son pardon grâce à l’entremise de Ya‘qûb ibn Dâwud. Al-Mahdî le traita alors avec bienveillance.
(1) Dans (Q) : « le vendredi », ce qui est une erreur de copie; la lecture correcte est attestée dans (B, H) et dans le "Tārīkh al-Ṭabarī" (4/553). (2) Le rapport se trouve dans le "Tārīkh al-Ṭabarī" (4/555). (3) Voir le "Tārīkh al-Ṭabarī" (4/556).
يوم الخميس لثلاثٍ خلَوْنَ من المحرَّم من هذه السنة، فاجتَمَع عليه وجوهُ بني هاشم والقضاةُ والأعيان وسَألوه في ذلك وهو يَمتنع، ثم لم يزلِ الناسُ به بالرغبةِ والرَّهْبَةِ حتى أجابَ يومَ الأربعاء (١) لأربعٍ مضَيْنَ من المحرَّم بعد العصر، وبويع لولدَي المهدي موسى وهارون الرشيد صباحةَ يوم الخميس، لثلاثٍ بقينَ من المحرَّم. وجلس المهديُّ في قُبَّةٍ عَظِيمة في إيوان الخِلافة، ودخل الأمراءُ فبايعوه، ثم نَهَضَ فصَعِدَ المنبرَ وجلَسَ ابنُه موسى الهادي تحتَه، وقام عيسى بنُ موسى في أولِ درجة، وخطَبَ المهديُّ فأعلَمَ النَّاسَ بما وقع من خَلْع عيسى بن موسى نفسَه، وأنه قد حلَّلَ النَّاسَ من الأيمانِ التي له في أعناقِهم، وجعل ذلك إلى موسى الهادي، فصدَّقَ عيسى بنُ موسى ذلك، وبايع المهديَّ على ذلك. ثم نَهَض الناسُ فبايعوا الخليفةَ على حسَبِ مراتِبهم وأسنانِهم. وكتَبَ على عيسى بنِ موسى مكتوبًا مؤكَّدًا بالأيمان البالغة، من الطَّلاق والعَتَاق، وأشهد عليه جماعةَ الأمراءِ والوزراء، وأعيانَ بني هاشم وغيرَهم، وأعطاهُ ما ذكَرْنا من الأموال وغيرِها. وفيها دخلَ عبدُ الملك بن شِهاب المسمعي مدينةَ بارْبَد من الهند في جحفلٍ كبير، فحاصرها ونصبوا عليها المجانيق، ورَمَوْها بالنِّفْط، فأحرقوا منها طائفة، وهلك بشرٌ كثيرٌ من أهلِها، وفتحوها عَنْوة، وأرادوا الانصراف فلم يُمكنهم ذلك لاعتلاءِ البحر، فأقاموا هنالك، فأصابَهم داءٌ في أفواهِهِم يُقالُ له حُمام قُرٍّ، فمات منهم ألفُ نفس، منهم الربيع بن صُبيح، فلما أمكَنَهم المسيرُ ركبوا في البحر، فهاجت عليهم ريح، فغرق طائفةٌ أيضًا، ووصل بقيتُهم إلى البصرة ومعهم سَبْيٌ كثير، فيهم بنتُ ملكِهم (٢) . وفيها حَكَمَ المهديُّ بإلحاق ولدِ أبي بكر الثقفي إلى ولاءِ رسولِ اللَّه ﷺ ، وقَطْعِ نسَبِهم من ثَقِيف، وكتَبَ بذلك كتابًا إلى والي البصرة، وقطَعَ نسبه من زياد، ومن نسَبِ نافع؛ ففي ذلك يقولُ بعضُ الشعراء وهو خالد النجَّار: إنَّ زيادًا ونافعًا وأبَا … بَكْرَة عِنْدي من أعْجَبِ العَجَبِ ذا قُرشيٌّ كما يقولُ وذَا … مولًى وهذا بزَعْمِهِ عَرَبي وقد ذكر ابنُ جرير أنَّ نائبَ البصرةِ لم يُنفِذْ ذلك (٣) . وفي هذه السنة حجَّ بالناس المهدي، واستخلف على بغداد ابنَهُ موسى الهادي، واستصحَبَ مَعَهُ ابنه هارونَ الرَّشيد، وخَلْقًا من الأمراء، منهم يعقوبُ بنُ داود على مَنْزِلَته ومكانتِه، وكان الحسنُ بنُ إبراهيم قد هرَبَ من الخادم، فلَحِقَ بأرضِ الحِجَاز، فاستأمَنَ لهُ يعقوب بن داود، فأحسن المهديُّ صِلَتَه،
(١) في (ق): يوم الجمعة، وهو تصحيف والمثبت من (ب، ح) وتاريخ الطبري (٤/ ٥٥٣). (٢) الخبر في تاريخ الطبري (٤/ ٥٥٥). (٣) انظر تاريخ الطبري (٤/ ٥٥٦).