L’‘Asi (al-‘Āṣ) déclara : « Par Dieu, je viendrai demain avec de quoi anéantir leur cause, et j’informerai (le roi) qu’ils prétendent que le dieu qu’il adore, Jésus fils de Marie, n’est qu’un serviteur. » Alors ‘Abd Allāh ibn Abī Rabī‘ah lui dit : « Ne fais pas cela, car bien qu’ils se soient opposés à nous, ils sont parents de notre peuple et ont un droit à notre égard. » Mais il répondit : « Par Dieu, je le ferai ! » Le lendemain, il se rendit auprès du roi et dit : « Ô Roi, ils disent au sujet de Jésus une parole d’une extrême gravité. Demandez-leur donc ce qu’ils en affirment. » Alors, par Dieu, il nous fit convoquer, et ce fut pour nous une épreuve sans précédent. Nous nous dîmes les uns aux autres : « Que répondrons-nous au sujet de Jésus, s’il nous interroge ? » Ils répondirent : « Par Dieu, nous dirons ce que Dieu en a dit, et ce que notre Prophète nous a ordonné de dire à son propos. » Ils se présentèrent donc devant lui, en présence de ses dignitaires. Le roi leur demanda : « Que dites-vous à propos de Jésus, fils de Marie ? » Ja‘far lui répondit : « Nous disons qu’il est le serviteur de Dieu, Son messager, Son esprit et Sa parole qu’Il insuffla à Marie, la vierge pure. » Alors le Négus (an-Najâshî) tendit sa main vers le sol, ramassa un bâton qu’il tenait entre ses doigts, puis déclara : « Jésus, fils de Marie, ne dépasse pas ce que vous venez d’affirmer de la largeur de ce bâton. » À ces mots, ses dignitaires protestèrent ; il leur dit : « Même si vous protestez, par Dieu ! Allez, vous êtes désormais siyūm dans le pays » — le terme siyūm (السُّيُوم) signifiant « ceux qui sont en sécurité sur la terre ». « Quiconque osera vous insulter devra payer une amende, quiconque vous insulte paiera, quiconque vous insulte paiera ! » — il répéta cela trois fois — « Je ne souhaiterais pas posséder de dabara si cela devait me conduire à nuire à l’un d’entre vous. » Le mot « dabara », dans leur langue, signifie « or ». Selon Ziyād, d’après Ibn Isḥāq, la phrase se dit : « Je ne souhaiterais pas posséder un dabara en or. » Ibn Hishām précise l’expression « dabara » : c’est le nom d’un mont dans leur langue. Le Négus ajouta ensuite : « Par Dieu ! Dieu ne m’a pas soudoyé lorsqu’Il me rendit mon royaume, et Il n’a pas obéi au peuple au sujet de mon destin ; je ne saurais donc obéir au peuple contre Lui. Rendez-leur leurs présents, je n’en ai pas besoin ; et vous, quittez mon territoire. » Les deux émissaires partirent alors, couverts de honte, tandis que leurs offrandes leur étaient restituées. La narratrice poursuit : « Nous sommes donc restés chez le meilleur des voisins, dans la meilleure des contrées, jusqu’à ce qu’un homme de l’Abyssinie se soulève contre lui pour lui disputer son royaume. Par Dieu, jamais nous ne connûmes de plus profonde inquiétude, craignant qu’il ne soit renversé et qu’un nouveau roi, ignorant nos droits, ne prenne sa place. Nous nous mîmes donc à invoquer Dieu et à implorer Son secours en faveur du Négus, qui se mit en campagne pour le combattre. Les Compagnons du Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) se dirent alors : “Qui ira assister à la bataille, afin de voir à qui reviendra la victoire ?” Al-Zubayr, qui était le plus jeune, s’écria : “Moi !” Ils lui gonflèrent une outre qu’il attacha sur sa poitrine, et il traversa le Nil à la nage jusqu’à l’autre rive, là où les deux forces s’affrontèrent. Il assista alors à la bataille et Dieu anéantit ce rival, tué lors du combat ; le Négus en sortit victorieux. Al-Zubayr revint alors nous faire signe avec son manteau en nous lançant : “Réjouissez-vous ! Dieu a donné la victoire au Négus.” » Elle conclut : « Par Dieu, jamais nous ne connûmes de plus grande joie. »
(1) Dans la version "H" et "T" : « يُسْأَلُكُم », confirmé par les sources du hadith. (2) Dans "an-Nihāya" d'Ibn al-ʿAṯīr (tirage Sim) : « امكثوا فأنتم سيوم ». C’est une expression signifiant « vous êtes en sécurité ». Ainsi est l'exégèse dans le hadith ; c’est un mot habesha (éthiopien), rapporté avec un « s » ouvert. Il est dit aussi : « سيوم » est le pluriel de « سائم », signifiant « vous pâturez dans mon pays comme des moutons paissants, personne ne vous gênera ». Fin de citation. Dans les manuscrits "H", "as-Sīra" et "al-Maghāzī" : « شيوم » avec un « ch » emphatique. (3) Dans "T" : « زبرًا », dans "H" : « زيرًا », tous deux étant des erreurs de copie. La lecture correcte est celle attestée dans la "Sīra" d'Ibn Hishām (1/338) et dans "an-Nihāya" d'Ibn al-ʿAṯīr (« دبر »). (4) Le texte entre parenthèses n'existe pas dans "H" ; il s'agit d'une annotation du Bayhaqī.
العاص: والله لآتينَّه غدًا بما أستأصل به خضراءهم، ولأخبرنَّه أنهم يزعمون أنَّ إلهه الذي يعبد عيسى ابن مريم عبد. فقال له عبد الله بن أبي ربيعة: لا تفعل فإنَّهم وإن كانوا خالفونا فإنَّ لهم رحمًا ولهم حقًا. فقال: والله لأفعلن!. فلما كان الغد دخل عليه فقال: أيها الملك، إنهم يقولون في عيسى قولًا عظيمًا. فأرسلْ إليهم فسلْهم عنه. فبعث والله إليهم ولم ينزل بنا مثلُها، فقال بعضُنا لبعض: ماذا تقولون له في عيسى إن هو سألكم (١) عنه؟ فقالوا: نقول والله الذي قاله الله فيه، والذي أمرَنا نبيُّنا أن نقوله فيه، فدخلوا عليه وعنده بطارقته فقال: ما تقولونَ في عيسى ابن مريم؟ فقال له جعفر: نقولُ هو عبد الله ورسوله وروحُه وكلمته ألقاها إلى مريم العذراء البَتُول. فدلَّى النجاشيُّ يده إلى الأرض، فأخذ عودًا بين أصبعيه فقال: ما عدا عيسى ابن مريم مما قلت هذا العُوَيد. فتناخرتْ بطارقته. فقال: وإن تناخرتُم والله! اذهبوا فأنتم سُيُومٌ في الأرض - السُّيُوم: الآمنون في الأرض (٢) - مَنْ سبَّكم غَرِم، من سبَّكم غرِم، من سبَّكم غرِم -ثلاثًا- ما أُحِبُّ أنَّ لي دَبْرًا وأني آذَيْتُ رجلًا منكم- والدَّبْرُ بلسانهم الذهب. وقال زياد عن ابن إسحاق: ما أُحِبُّ أنَّ لي دَبْرًا من ذهب؛ قال ابن هشام: ويقال: دَبْرًا (٣) ، وهو الجبل بلغتهم - ثم قال النجاشي: فوالله ما أخذ اللهُ مني الرِّشْوَة حين ردَّ عليَّ مُلْكي، ولا أطاعَ الناسَ فيّ فأطيع الناس فيه. رُدُّوا عليهما هداياهم فلا حاجة لي بها، واخْرُجا من بلادي: فخرجا مقبوحَيْن مردودًا عليهما ما جاءا به. قالت: فأقمنا مع خير جارٍ في خير دار، فلم ينشَبْ أنْ خرجَ عليه رجلٌ من الحبشة ينازعُه في مُلْكه، فوالله ما علمنا حُزْنًا حزِنَّا قطُّ هو أشدَّ منه، فرَقًا من أن يظهر ذلك الملكُ عليه، فيأتي ملكٌ لا يعرفُ من حقِّنا ما كان يعرفه، فجعلْنا ندعو الله ونستنصرُه للنجاشي فخرج إليه سائرًا، فقال أصحابُ رسولِ الله ﷺ [بعضهم لبعض] (٤) : مَنْ رجلٌ يخرجُ فيحضر الوقعة حتى ينظرَ على مَنْ تكون؟ وقال الزُّبير -وكان من أحدثهم سِنًّا-: أنا. فنفَخُوا له قِرْبَةً فجعلها في صدره، فجعل يسبحُ عليها في النِّيل حتى خرج من شِقِّه الآخر إلى حيث التقى الناس، فحضر الوقعة، فهزم الله ذلك الملك وقتله، وظهر النجاشيُّ عليه. فجاءنا الزُّبير، فجعل يُليحُ لنا بردائه ويقول: ألا فأبشروا، فقد أظهر الله النجاشيّ. قلت: فوالله ما علمنا فرِحْنا
(١) في ح، ط: يسألكم، والمثبت من مصادر الخبر. (٢) في النهاية لابن الأثير (سيم): امكثوا فأنتم سيوم. أي آمنون: كذا جاء تفسيره في الحديث، وهي كلمة حبشية، وتروى بفتح السين. وقيل: سيوم جمع سائم، أي تسومون في بلدي كالغنم السائمة لا يعارضكم أحد. اهـ. وفي ح والسير والمغازي: شيوم. بالشين المعجمة. (٣) في ط: زبرًا، وفي ح: زيرًا، وكلاهما تصحيف، والمثبت من سيرة ابن هشام (١/ ٣٣٨) والنهاية لابن الأثير (دبر). (٤) ما بين المعقوفين ليس في ح وهو من دلائل البيهقي.