À cette époque, il avait un fils nommé Asad. Celui-ci possédait un camarade de même âge (1) issu des Banû Makhzûm, qu’il chérissait et avec lequel il jouait.
Un jour, le camarade lui dit : « Demain, nous irons nous ‑iʿtifâd-. » (2)
Ibn Fâris commente : « Dans ce récit, ce terme s’écrit-il avec un dâl ou avec un râʾ ? S’il se termine par râʾ, il viendrait peut-être de al-ʿafr, la poussière ; s’il se termine par dâl, j’en ignore le sens. Quant à son interprétation, telle que je la conçois, elle renvoie au fait qu’ils se rendaient sous cette tente pour y mourir les uns après les autres. »
Le narrateur poursuit : Asad alla trouver sa mère en pleurant et lui rapporta les propos de son camarade. La mère d’Asad envoya alors à cette famille du gras et de la farine ; ils vécurent ainsi quelques jours.
Ensuite, le camarade revint et répéta : « Demain, nous irons nous ‑iʿtifâd-. » Asad courut chez son père en larmes et lui raconta l’histoire. La chose pesa lourdement sur ʿAmr ibn ʿAbd Manâf ; il se leva pour haranguer Qurayš – lesquels obéissaient toujours à ses directives – et déclara :
« Vous avez introduit une pratique par laquelle votre nombre diminue tandis que les autres Arabes prospèrent ; vous plongez dans l’humiliation alors qu’eux gagnent en prestige. Or vous êtes les habitants du Sanctuaire d’Allah – exalté soit-Il –, l’élite des enfants d’Âdam ; les hommes vous prennent pour modèle. Cette ‑iʿtifâd- risque de vous anéantir. »
Ils répondirent : « Nous sommes à tes ordres. » Il reprit : « Commencez par cet homme – le père du camarade d’Asad – et mettez-le à l’abri du besoin afin qu’il n’ait plus recours à l’iʿtifâd. » Ils obéirent.
ʿAmr immola alors des chameaux de sacrifice, égorgea béliers et chèvres, émietta le tharîd (3) et en nourrit la population ; c’est ainsi qu’on le surnomma Hâšim (« celui qui émiette »).
À son sujet, le poète a dit :
Amr, qui pour son peuple émietta le tharîd, (A)
quand les hommes de La Mecque, amaigris, vivaient dans l’aride ; (A)
leurs corps étaient courbés, leur regard appauvri, (B)
le vent de la disette soufflait, cruel et rabougrit. (B)
Par la suite, il organisa deux caravanes annuelles pour chaque clan paternel : en hiver vers le Yémen, en été vers la Syrie, afin d’y commercer. Tout gain réalisé par les riches était partagé avec les pauvres, si bien que le plus démuni devint semblable au plus nanti. Lorsque l’Islam apparut, ils se trouvaient encore dans cet état ; nul autre clan arabe n’était alors plus fortuné ni plus puissant que Qurayš.
Ainsi le formule leur poète :
Eux qui mêlaient leur indigent à leur nanti, (A)
jusqu’à ce que le nécessiteux fût comblé et assouvi. (A)
Ils demeurèrent ainsi jusqu’à ce qu’Allah missionnât Son Messager, Muḥammad – paix et bénédictions d’Allah sur lui. Il révéla alors :
« Qu’ils adorent donc le Seigneur de cette Maison, Lui qui les a nourris contre la faim – grâce à l’initiative de Hâšim – et les a rassurés contre la crainte que les Arabes se multiplient tandis qu’eux déclineraient. »
(1) Tirb : camarade né la même année.
(2) Iʿtifâd : se retirer sous une tente, lors d’une famine, pour y attendre la mort ; le terme demeure discuté.
(3) Tharîd : plat traditionnel où l’on émiette du pain arrosé de bouillon et de viande.
في زَمَانِهِ، وَلَهُ ابْنٌ يُقَالُ لَهُ أَسَدٌ، وَكَانَ لَهُ تِرْبٌ
«١»
مِنْ بَنِي مَخْزُومٍ، يُحِبُّهُ وَيَلْعَبُ مَعَهُ.
فَقَالَ لَهُ:
نَحْنُ غَدًا نَعْتَفِدُ،
قَالَ ابْنُ فَارِسٍ:
هَذِهِ لَفْظَةٌ فِي هَذَا الْخَبَرِ لَا أَدْرِي: بِالدَّالِ هِيَ أَمْ بِالرَّاءِ، فَإِنْ كَانَتْ بِالرَّاءِ فَلَعَلَّهَا مِنَ الْعَفْرِ، وَهُوَ التُّرَابُ، وإن كان بِالدَّالِ، فَمَا أَدْرِي مَعْنَاهَا
«٢»
،
وَتَأْوِيلُهُ عَلَى مَا أَظُنُّهُ:
ذَهَابُهُمْ إِلَى ذَلِكَ الْخِبَاءِ، وَمَوْتُهُمْ وَاحِدًا بَعْدَ وَاحِدٍ.
قَالَ:
فَدَخَلَ أَسَدٌ عَلَى أُمِّهِ يَبْكِي، وَذَكَرَ مَا قَالَهُ تِرْبُهُ.
قَالَ:
فَأَرْسَلَتْ أُمُّ أَسَدٍ إِلَى أُولَئِكَ بِشَحْمٍ وَدَقِيقٍ، فَعَاشُوا بِهِ أَيَّامًا.
ثُمَّ إِنَّ تِرْبَهُ أَتَاهُ أَيْضًا فَقَالَ:
نَحْنُ غَدًا نَعْتَفِدُ، فَدَخَلَ أَسَدٌ عَلَى أَبِيهِ يَبْكِي، وَخَبَّرَهُ خَبَرَ تِرْبِهِ، فَاشْتَدَّ ذَلِكَ عَلَى عَمْرِو بْنِ عَبْدِ مَنَافٍ، فَقَامَ خَطِيبًا فِي قُرَيْشٍ وَكَانُوا يُطِيعُونَ أَمْرَهُ،
فَقَالَ:
إِنَّكُمْ أَحْدَثْتُمْ حَدَثًا تَقِلُّونَ فِيهِ وَتَكْثُرُ الْعَرَبُ، وَتَذِلُّونَ وتعز العرب، وأنتم أهل حرم الله عز وجل، وَأَشْرَفُ وَلَدِ آدَمَ، وَالنَّاسُ لَكُمْ تَبَعٌ، وَيَكَادُ هَذَا الِاعْتِفَادُ يَأْتِي عَلَيْكُمْ.
فَقَالُوا:
نَحْنُ لَكَ تبع.
قال:
ابتدءوا بِهَذَا الرَّجُلِ- يَعْنِي أَبَا تِرْبِ أَسَدٍ- فَأَغْنُوهُ عَنِ الِاعْتِفَادِ، فَفَعَلُوا. ثُمَّ إِنَّهُ نَحَرَ الْبُدْنَ، وَذَبَحَ الْكِبَاشَ وَالْمَعْزَ، ثُمَّ هَشَّمَ الثَّرِيدَ، وَأَطْعَمَ النَّاسَ، فَسُمِّيَ هَاشِمًا.
وَفِيهِ قَالَ الشَّاعِرُ:
عَمْرُو الَّذِي
«٣»
هَشَمَ الثَّرِيدَ لِقَوْمِهِ ... وَرِجَالُ مَكَّةَ مُسْنِتُونَ
«٤»
عِجَافُ
ثُمَّ جَمَعَ كُلَّ بَنِي أَبٍ عَلَى رِحْلَتَيْنِ:
فِي الشِّتَاءِ إِلَى الْيَمَنِ، وَفِي الصَّيْفِ إِلَى الشَّامِ لِلتِّجَارَاتِ، فَمَا رَبِحَ الْغَنِيُّ قَسَمَهُ بَيْنَهُ وَبَيْنَ الْفَقِيرِ، حَتَّى صَارَ فَقِيرُهُمْ كَغَنِيِّهِمْ، فَجَاءَ الْإِسْلَامُ وَهُمْ عَلَى هَذَا، فَلَمْ يَكُنْ فِي الْعَرَبِ بَنُو أَبٍ أَكْثَرَ مَالًا وَلَا أَعَزَّ مِنْ قُرَيْشٍ،
وَهُوَ قَوْلُ شَاعِرِهِمْ:
وَالْخَالِطُونَ فَقِيرَهُمْ بِغَنِيِّهِمْ ... حَتَّى يَصِيرَ فَقِيرُهُمْ كَالْكَافِي
فَلَمْ يَزَالُوا كَذَلِكَ حَتَّى بَعَثَ اللَّهُ رَسُولَهُ مُحَمَّدًا صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ،
فَقَالَ:
فَلْيَعْبُدُوا رَبَّ هذَا الْبَيْتِ الَّذِي أَطْعَمَهُمْ مِنْ جُوعٍ بِصَنِيعِ هَاشِمٍ وَآمَنَهُمْ مِنْ خَوْفٍ أَنْ تَكْثُرَ الْعَرَبُ ويقلوا.
(١). الترب (بالكسر): اللدة ومساويك في السن ومن ولد معك.
(٢). في اللسان مادة عفد: (الاعتفاد: أن يغلق الرجل بابه على نفسه فلا يسأل أحدا حتى يموت جوعا).
(٣). في اللسان: (عمرو العلا ... ) [ ..... ]
(٤). مسنتون: أي أصابتهم السنة. والسنة: الجدب والقحط.