et par « accord », on désigne la communauté de vue dans la croyance, la parole ou l’action ; l’auteur l’a en outre restreinte aux mujtahids, car l’accord des simples fidèles n’est pas pris en considération. »
Je dis : al-Ghazâlî, pour sa part, emploie le mot « accord » sans le lier à une époque déterminée. Il écrit dans al-Mustasfâ (p. 137) : « L’accord de la communauté de Muḥammad ﷺ, et d’elle seule, sur l’une quelconque des questions religieuses. » Fin de citation.
Al-Âmidî remarque dans al-Iḥkâm (1/180), à propos de cette définition de Ghazâlî : « Elle est sujette à critique sous trois aspects :
- Les termes employés laissent entendre qu’aucun consensus ne saurait être constitué avant le Jour de la Résurrection, car la communauté de Muḥammad englobe tous ceux qui le suivront jusqu’à cette date, alors que les croyants d’un temps donné n’en représentent qu’une partie ; or telle n’est l’opinion ni de l’auteur ni de quiconque reconnaît l’existence du consensus.
- À supposer que les musulmans vivant à une époque soient bien qualifiés de communauté de Muḥammad, il s’ensuivrait, selon sa définition, que si une génération venait à être dépourvue des détenteurs de l’autorité et du discernement (ahl al-ḥall wa-l-ʿaqd) et ne comptait que des laïcs, l’accord de ces derniers sur une question religieuse constituerait un consensus valable, ce qui n’est pas le cas.
- En limitant le consensus à « une question religieuse », on en conclurait que l’accord de la communauté sur une question rationnelle ou coutumière ne vaudrait pas comme preuve juridique, ce qui est également inexact, comme on le montrera.
La position correcte est donc de dire que le consensus est l’accord de l’ensemble des détenteurs de l’autorité et du discernement au sein de la communauté de Muḥammad, à une époque déterminée, sur la qualification juridique d’un cas donné. Telle est la définition si l’on considère que le simple fidèle n’entre pas en ligne de compte ; sinon, il faut dire : le consensus est l’accord de tous les responsables légaux de la communauté de Muḥammad… jusqu’à la fin de la définition. » Fin de citation.
Je dis : al-Âmidî n’est pas seul à refuser de cantonner le consensus aux seules questions religieuses ; al-Shawkânî, dans Irshâd al-Fuḥûl (p. 132), déclare : « Il englobe les questions religieuses, rationnelles et linguistiques. » Fin de citation. Cette opinion est également adoptée par al-Subkî, comme on le lit dans Jamʿ al-Jawâmiʿ, et par al-Zarkashî dans al-Baḥr al-Muḥîṭ.