Ceci constitue donc, dans l’école de Mâlik, un argument probant. Il en est de même chez ach-Shâfiʿî : dans la transmission rapportée par Yûnus ibn ʿAbd al-Aʿlâ, il déclare : « Lorsque tu vois les Anciens de Médine suivre une pratique, ne laisse subsister dans ton cœur aucun doute qu’il s’agit bien de la vérité. »
Le même principe ressort clairement de la doctrine d’Aḥmad : tout ce qu’ont institué les califes bien-guidés fait autorité et doit être suivi. Aḥmad a dit : « Toute bayʿa conclue à Médine relève du califat fondé sur la Prophétie. » Or il est notoire que les serments d’allégeance prêtés à Abû Bakr, ʿUmar et ʿUthmân eurent lieu à Médine, de même que celui prêté à ʿAlî ; ce dernier quitta ensuite la ville, et aucune bayʿa ne fut plus contractée à Médine par la suite…
Il poursuit : « Quant au quatrième degré, il s’agit de la pratique tardive des habitants de Médine ; constitue-t-elle, oui ou non, une preuve légale qu’il faille suivre ? Les imâms de la communauté s’accordent pour dire qu’elle n’est pas, à elle seule, un argument juridique. Tel est l’avis d’ach-Shâfiʿî, d’Aḥmad, d’Abû Ḥanîfa et d’autres encore. Dans son ouvrage “Uṣûl al-fiqh” et ailleurs, il est clairement affirmé qu’il ne s’agit ni d’un consensus ni d’une preuve recevable, même selon les vérificateurs parmi les disciples de Mâlik… » Fin de citation.
Je précise que ce même classement a été mentionné par az-Zarkachî dans al-Baḥr al-Muḥîṭ (6/447) ; voir aussi la Mudhakkira d’ach-Shanqîṭî (p. 182).
– Le consensus des quatre califes :
Abû al-Ḥasan al-Baʿlî écrit dans “al-Qawâʿid an-Nûrâniyya wa-l-Fawâʾid al-Uṣûliyya” (p. 294) : « Le consensus des quatre califes, lorsqu’un Compagnon mujtahid le contredit, n’est ni un consensus ni une preuve selon Aḥmad et la plupart des juristes. Une autre version, rapportée d’Aḥmad — qu’Allah lui fasse miséricorde —, en fait toutefois un consensus ; c’est également l’avis d’Abû Khâzim al-Ḥanafî et celui retenu par Ibn al-Bannâ parmi nos pairs. D’après une troisième version attribuée à Aḥmad, il s’agit d’une preuve, mais non d’un consensus. » Fin de citation.
Le Dr ʿAbd Allâh at-Turkî écrit, dans “Uṣûl Madhhab al-Imâm Aḥmad” (p. 382) : « Ce qui me paraît prépondérant, c’est qu’Aḥmad — qu’Allah lui fasse miséricorde — ne considère pas leur accord comme un consensus. En effet, les propos rapportés de lui, autorisant le choix entre les avis des Compagnons en cas de divergence et privilégiant ce qui est le plus conforme au Livre et à la Sunna, sont explicites et nombreux. Parmi eux figure cette parole qu’al-Marwadhî rapporte : “Lorsque les Compagnons du Messager d’Allah ﷺ divergent, il n’est pas permis à quiconque de prendre…” »