…Mâlik ; c’est également la position d’Abû Ḥanîfa et de ses disciples. Abû Yûsuf — qu’Allah lui fasse miséricorde —, le plus éminent des compagnons d’Abû Ḥanîfa et le premier à qui l’on donna le titre de « qâḍî al-quḍât » (juge des juges), se rendit un jour auprès de Mâlik pour l’interroger sur ces questions. Mâlik lui répondit en se fondant sur la transmission massivement attestée (mutawâtir) des habitants de Médine. Abû Yûsuf se rallia alors à son avis et déclara : « Si mon maître avait vu ce que j’ai vu, il se serait rétracté comme je viens de le faire. » Abû Yûsuf rapporte en effet qu’un tel mode de transmission constituait, aux yeux de son professeur Abû Ḥanîfa, une preuve tout aussi valable que pour les autres imâms. Si Abû Ḥanîfa ne s’y était pas conformé, c’est simplement parce que cette information ne lui était pas parvenue ; de même, bien des ḥadiths échappèrent à sa connaissance comme à celle d’autres savants. On ne saurait donc blâmer qui que ce soit d’avoir délaissé ce dont il n’a pas reçu la science. Le revirement d’Abû Yûsuf devant cette transmission ressemble à ceux qu’il opéra au sujet de nombreux ḥadiths auxquels lui-même et son condisciple Muḥammad se conformèrent, délaissant pour cela l’opinion de leur maître, sachant pertinemment que celui-ci affirmait : « Ces ḥadiths aussi font autorité, pourvu qu’ils soient authentiques, mais ils ne me sont pas parvenus. » Quiconque prétendrait qu’Abû Ḥanîfa ou un autre imâm de la communauté a délibérément contredit un ḥadith authentique au profit d’un raisonnement analogique ou pour toute autre raison se trompe lourdement ; il ne s’appuie que sur des conjectures ou sur ses passions… Jusqu’à ce qu’il ajoute : « Ce qu’il importe de retenir ici, c’est que la pratique des habitants de Médine, lorsqu’elle est de l’ordre de la transmission, constitue une preuve reconnue par l’ensemble des musulmans. » Mâlik le fit sentir à Abû Yûsuf lorsque celui-ci l’interrogea sur le ṣâʿ et le mudd : il ordonna alors aux Médinois d’apporter leurs mesures et ceux-ci dirent tenir leur usage de leurs prédécesseurs. Mâlik demanda : « Penses-tu, ô Abû Yûsuf, que ces gens mentent ? » — « Non, par Allah, ils ne mentent pas, répondit-il ; j’ai moi-même vérifié ces récipients et je les ai trouvés équivalents à cinq ratl et un tiers selon vos poids, gens d’Irak. » Il poursuivit : « Je me rallie donc à ton avis, ô Abû ʿAbd Allâh ; si mon maître avait vu ce que j’ai vu, il se serait rallié comme moi. » Il l’interrogea ensuite sur la zakât prélevée sur les légumes verts ; Mâlik répondit : « Voici les potagers des habitants de Médine : aucune aumône n’en fut perçue du temps du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — ni sous Abû Bakr ni sous ʿUmar, alors même que les légumes y poussaient. » Il l’interrogea enfin sur les biens inaliénables (ahbâs) ; Mâlik répondit : « Voici l’habous de tel, voici l’habous de tel, » citant des Compagnons pour preuve. À chacune de ces questions Abû Yûsuf déclara : « Je reviens sur mon avis, ô Abû ʿAbd Allâh ; si mon maître avait vu ce que j’ai vu, il serait revenu comme moi… » Tel est donc le premier degré du consensus des habitants de Médine, et il fait autorité de l’avis unanime des musulmans. » Il poursuivit : « Le deuxième degré est constitué par la pratique ancienne de Médine antérieure à l’assassinat de ʿUthmân ibn ʿAffân… »
مالك، وذلك مذهب أبي حنيفة وأصحابه، قال أبو يوسف (رحمه الله) وهو أجل أصحاب أبي حنيفة وأول من لقب قاضي القضاة - لما اجتمع بمالك وسأله عن هذه المسائل وأجابه مالك بنقل أهل المدينة المتواتر رجع أبو يوسف إلى قوله وقال: لو رأى صاحبي مثل ما رأيت لرجع مثل ما رجعت؛ فقد نقل أبو يوسف أن مثل هذا النقل حجة عند صاحبه أبي حنيفة كما هو حجة عند غيره لكن أبو حنيفة لم يبلغه هذا النقل كما لم يبلغه ولم يبلغ غيره من الأئمة كثير من الحديث فلا لوم عليهم في ترك ما لم يبلغهم علمه، وكان رجوع أبي يوسف إلى هذا النقل كرجوعه إلى أحاديث كثيرة اتبعها هو وصاحبه محمد وتركا قول شيخهما ; لعلمهما بأن شيخهما كان يقول: إن هذه الأحاديث أيضًا حجة إن صحت لكن لم تبلغه؛ ومن ظن بأبي حنيفة أو غيره من أئمة المسلمين أنهم يتعمدون مخالفة الحديث الصحيح لقياس أو غيره فقد أخطأ عليهم وتكلم إما بظن وإما بهوى ........ "، إلى أن قال: "والمقصود هنا: أن عمل أهل المدينة الذي يجري مجرى النقل حجة باتفاق المسلمين كما قال مالك لأبي يوسف، لما سأله عن الصاع والمد وأمر أهل المدينة بإحضار صيعانهم وذكروا له أن إسنادها عن أسلافهم؛ أترى هؤلاء يا أبا يوسف يكذبون؟ قال: لا والله ما يكذبون فأنا حررت هذه الصيعان فوجدتُها خمسة أرطال وثلث بأرطالكم يا أهل العراق؛ فقال: رجعت إلى قولك يا أبا عبد الله ولو رأى صاحبي ما رأيت لرجع كما رجعت؛ وسأله عن صدقة الخضراوات فقال: هذه مباقيل أهل المدينة لم يؤخذ منها صدقة على عهد رسول الله ﷺ ولا أبي بكر ولا عمر (رضي الله عنه) يعني: وهي تنبت فيها الخضراوات؛ وسأله عن الأحباس فقال: هذا حبس فلان وهذا حبس فلان يذكر لبيان الصحابة، فقال أبو يوسف في كل منهما: قد رجعت يا أبا عبد الله ولو رأى صاحبي ما رأيت لرجع كما رجعت ......... فهذا هو المرتبة الأولى لإجماع أهل المدينة وهو حجة باتفاق المسلمين"؛ ثم قال: "المرتبة الثانية: العمل القديم بالمدينة قبل مقتل عثمان بن عفان