…de nature conjecturale (ẓannî) se définit comme « ce dont la connaissance ne peut être atteinte qu’au moyen d’une investigation minutieuse et d’une induction méthodique ». Les savants ont divergé quant à la possibilité même d’en établir l’existence, et l’avis le plus solide est, à cet égard, celui de Shaykh al-Islâm Ibn Taymiyya qui déclare dans l’« ʿAqîda al-Wâsît iyya » : « L’ijmâʿ que l’on peut réellement cerner est celui des pieux prédécesseurs ; après eux, les divergences se sont multipliées et la communauté s’est dispersée. » Fin de citation.
Le shaykh Muḥammad al-Khuḍarî, dans son ouvrage « Uṣûl al-Fiqh », conclut lui aussi à l’impossibilité de connaître le consensus après l’époque des Compagnons ; il écrit (p. 329) : « L’imâm al-Râzî a dit : en toute équité, nous n’avons aucun moyen de le connaître si ce n’est au temps des Compagnons. » Fin de citation.
Dans la « Mudhakkira » d’al-Shanqîṭî (p. 179) on lit toutefois : « L’auteur a retenu que l’existence de l’ijmâʿ est concevable, contrairement à ceux qui affirment qu’il est impossible après les Compagnons en raison du grand nombre de savants, de leur dispersion aux confins du monde et de l’impossibilité de recenser l’avis de tous. » Fin de citation.
Je précise qu’il faut distinguer la position des Ẓâhirites de celle de l’imâm Aḥmad et de ses partisans : les Ẓâhirites nient l’autorité de tout consensus postérieur aux Compagnons, tandis que l’imâm Aḥmad et ceux qui le suivent ne contestent pas la validité d’un tel ijmâʿ ; ils soutiennent seulement qu’il est extrêmement difficile d’en établir l’existence ou d’affirmer avec certitude qu’il s’agit bien d’un consensus.
Statut de l’ijmâʿ des habitants de Médine
Shaykh al-Islâm déclare dans le « Majmûʿ al-Fatâwâ » (20/304) : « La question porte ici sur le consensus des habitants de Médine à ces époques-là. L’examen approfondi de la “problématique du consensus des gens de Médine” montre qu’il se divise en quatre catégories :
- Ce qui équivaut à une transmission directe du Prophète — que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui —, comme la mesure du ṣâʿ et du mudd qu’ils ont rapportée, ou encore leur pratique consistant à ne pas prélever la zakât sur les légumes verts ni sur les biens immobilisés. Un tel consensus fait autorité de l’avis unanime des savants ; pour al-Shâfiʿî, Aḥmad et leurs disciples, il s’agit d’une preuve incontestée, de même qu’il constitue une preuve pour