…qui connaîtrait l’ensemble des hommes, de l’Orient comme de l’Occident ? Et comment se prémunir contre la possibilité qu’une personne soit dissimulée dans quelque cave, sans que nous en ayons la moindre nouvelle ? Si nous faisons preuve d’équité, nous constatons que les habitants de l’Orient n’ont aucune information sur les savants de l’Occident, a fortiori ne connaissent-ils pas, dans le détail, chacun d’entre eux et la nature exacte de ses positions.
Même en admettant que nous disposions d’une connaissance exhaustive de tous les savants de la terre, il nous resterait impossible de vérifier leur accord ; cela ne pourrait se faire qu’en consultant individuellement chacun d’eux, et pareille démarche ne suffirait pas à établir l’ijmâʿ, puisqu’il se peut que l’un d’eux ait rendu cet avis à contre-cœur, par dissimulation (taqiyya), par crainte ou pour d’autres motifs qui nous échappent.
Allons plus loin : supposons que nous interrogions chaque savant et que nous nous assurions que tous ont émis cet avis avec pleine conviction ; cela ne prouverait toujours pas l’existence d’un consensus, car il demeure possible que les savants d’une ville, après avoir prononcé une fatwa, reviennent sur leur jugement en voyageant vers une autre cité, avant même que les gens de cette dernière ne rendent le leur.
Dans ce cas, il n’y aurait pas d’accord. Imaginons encore que la communauté se divise en deux groupes : l’un émet un avis, l’autre le contredit, puis les affirmateurs deviennent négateurs et les négateurs affirmateurs ; aucun ijmâʿ n’en résulterait. Tant qu’un tel scénario demeure concevable, comment pourrait-on acquérir la certitude qu’un consensus a eu lieu ?
Il existe même une hypothèse extrême : quand bien même tous les savants se réuniraient en un même lieu, élèveraient la voix d’un seul élan et déclareraient : « Nous avons émis cet avis », – situation par ailleurs impossible – nous n’en aurions pas pour autant la certitude d’un consensus. Il se peut, en effet, que l’un d’eux soit en désaccord mais redoute de s’opposer à cette vaste assemblée, qu’il craigne le souverain qui les a convoqués, ou qu’il exprime son opposition mais que sa voix se perde dans le tumulte. Il s’avère donc que la connaissance certaine de l’ijmâʿ est impossible.
Il ajoute encore (4/44) : « En toute impartialité, il n’existe pour nous aucun moyen de constater la réalisation d’un consensus, si ce n’est à l’époque des Compagnons, lorsque les croyants étaient peu nombreux et que chacun pouvait être connu dans le détail. » Fin de citation.
Je dis : Il est manifeste que ces propos ne sont pas exempts d’artifice ; toutefois, dans l’ensemble, l’auteur a bien défendu l’opinion selon laquelle il est impossible de vérifier l’existence d’un ijmâʿ après l’époque des Compagnons.
L’éminent shaykh Ibn ʿUthaymîn a, pour sa part, mentionné dans « Al-Uṣûl min ʿIlm al-Uṣûl » (p. 83) que l’ijmâʿ…
الذي يعرف جميع الناس الذين هم بالشرق والغرب، وكيف الأمان من وجود إنسان في مطمورة لا خبر عندنا منه فإنا إذا أنصفنا علمنا أن الذين بالشرق لا خبر عندهم من أحد من علماء الغرب فضلا عن العلم بكل واحد منهم على التفصيل وبكيفية مذاهبه؛ وأيضًا فبتقدير العلم بكل واحد من علماء العالم لا يمكننا معرفة اتفاقهم لأنه لا يمكن ذلك إلا بالرجوع إلى كل واحد منهم وذلك لا يفيد حصول الاتفاق لاحتمال أن بعضهم أفتى بذلك على خلاف اعتقاده تقية أو خوفاأو لأسباب أخرى مخفية عنا، وأيضًا فبتقدير أن نرجع إلى كل واحد منهم ونعلم أن كل واحد منهم أفتى بذلك من صميم قلبه فهو لا يفيد حصول الإجماع لاحتمال أن علماء بلدة إذا أفتوا بحكم فعند الارتحال عن بلدهم والذهاب إلى البلدة الأخرى رجعوا عن ذلك الحكم قبل فتوى أهل البلدة الأخرى؛ بذلك
وعلى هذا التقدير لا يحصل الاتفاق، لأنا لو قدرنا أن الأمة انقسمت إلى قسمين وأحد القسمين أفتى بحكم والآخر أفتى بنقيضه ثم انقلب المثبت نافيًا والنافي مثبتًا لم يحصل الإجماع، وإذا كان
كذلك فمع قيام هذا الاحتمال كيف يحصل اليقين بحصول الإجماع؛ بل ها هنا مقام آخر وهو أن أهل العلم بأسرهم لو اجتمعوا في موضع واحد ورفعوا أصواتهم دفعة واحدة وقالوا أفتينا بهذا الحكم فهذا مع امتناع وقوعه لا يفيد العلم بالإجماع لاحتمال أن يكون بعضهم كان مخالفًا فيه فخاف من مخالفة ذلك الجمع العظيم أو خاف ذلك الملك الذي أحضرهم أو أنه أظهر المخالفة لكن خفي صوته فيما بين أصواتهم فثبت أن معرفة الإجماع ممتنعة"، إلى أن قال في
(٤/ ٤٤): "والإنصاف أنه لا طريق لنا إلى معرفة حصول الإجماع إلا في زمن الصحابة حيث كان المؤمنون قليلين يمكن معرفتهم على التفصيل".اهـ
قلت: ولا يخفى أن هذا الكلام لا يخلو من تكلف، وإن كان في الجملة قد أجاد في إثبات القول بتعذر معرفة إجماع من بعد الصحابة.
وذكر العلامة ابن عثيمين في "الأصول من علم الأصول" (ص ٨٣) أن الإجماع