peut-on alors se soustraire à leurs propos ? C’est là une parole pernicieuse, la parole des gens de l’innovation ; nul n’a le droit de s’écarter des dires des Compagnons lorsqu’ils divergent. Notre maître – qu’Allah lui fasse miséricorde – dit : J’ai rapporté que, dans la version transmise par ʿAbd Allâh, (Aḥmad) affirme : « La charge de la preuve incombe à celui qui prétend que, lorsqu’une question a d’abord fait l’objet d’un consensus puis qu’une divergence apparaît, nous devons nous en tenir à ce sur quoi ils s’étaient accordés, etc. » Il ajoute : « Dans cette même version, il a formulé une réserve en disant : “Quiconque allègue l’existence d’un ijmâʿ est un menteur ; il se peut que des gens aient divergé. Telle est la revendication de Bishr al-Marîsî et de l’Aʿṣamm.” » Cependant, il dira : « Nous ne savons pas que des gens aient divergé », lorsque la dissension ne lui est pas parvenue. Al-Marwadhî rapporte également qu’il a dit : « Comment un homme peut-il déclarer : “Ils sont tous unanimes” ? Lorsque vous entendez quelqu’un affirmer : “Consensus !”, soupçonnez-le. S’il disait plutôt : “Je n’ai pas connaissance d’un avis contraire”, cela serait recevable. » Abû Ṭâlib rapporte de lui des propos similaires : « C’est un mensonge ; comment pourrais-je savoir que tout le monde est unanime ? Qu’il dise plutôt : “Je n’y connais aucune divergence”, c’est préférable à l’expression : “Consensus de la communauté.” » De même, Abû al-Ḥârith rapporte qu’il a dit : « Personne ne doit prétendre à l’ijmâʿ ; il se peut que des gens aient divergé. » Le Qâḍî commente : « Le sens apparent de ces paroles est qu’il rejette la validité de l’ijmâʿ ; or il n’en est rien. Il a parlé par scrupule, envisageant qu’une opinion contraire ait pu lui échapper, ou bien il visait celui qui ne connaît pas les divergences des Anciens. En effet, il reconnaît explicitement la validité de l’ijmâʿ dans les versions de ʿAbd Allâh et d’Abû al-Ḥârith, et il invoque lui-même l’ijmâʿ dans la version de al-Ḥasan ibn Thawwâb : on lui demanda sur quelle base il pratiquait le takbîr depuis la prière de l’aube du jour de ʿArafah jusqu’à la fin des jours de tachrîq ; il répondit : « Sur l’ijmâʿ : ʿUmar, ʿAlî, ʿAbd Allâh ibn Masʿûd et ʿAbd Allâh ibn ʿAbbâs. » Notre maître poursuit : J’ajoute que ce qu’Aḥmad a réprouvé, c’est la prétention à un ijmâʿ de ceux qui sont venus après les Compagnons, ou après eux et les Successeurs, ou encore après les trois générations louées ; on ne trouve guère, dans ses propos, l’argumentation…
(1) D’après le Dr Ahmed al-Dharawî, éditeur de la Musawwada : « Dans M – c’est-à-dire l’ancienne édition imprimée – l’éditeur soutient qu’il s’agit d’une déformation, alors que la leçon correcte est : “أطلق”. » Fin de citation. Le shaykh ‘Abd Allâh b. Muhsin al-Turkî note pour sa part, dans Usûl madhhab al-Imâm Ahmad (p. 351) : « Tel quel dans le manuscrit de al-‘Idda ; il semble toutefois que ce soit une altération. La bonne lecture est : “وقد أطلق”. » Fin de citation.
له أن يخرج من أقاويلهم؟ هذا قول خبيث قول أهل البدع لا ينبغي لأحد أن يخرج من أقاويل الصحابة إذا اختلفوا. قال شيخنا (رضي الله عنه): قلت قال فى رواية عبد الله: الحجة على من زعم أنه إذا كان أمرًا مجمعًا عليه ثم افترقوا أنَّا نقف على ما أجمعوا عليه إلى آخره؛ قال: "وقد علَّق (١) القول في رواية عبد الله فقال: من ادعى الإجماع فهو كاذب لعل الناس قد اختلفوا، وهذه دعوى بشر المريسي والأصم"، ولكن يقول: "لا نعلم الناس اختلفوا"، إذا لم يبلغه، وكذلك نقل المروذى عنه أنه قال: "كيف يَجوز للرجل أن يقول أجمعوا؟ إذا سمعتهم يقولون أجمعوا فاتهمهم، لو قال: إنى لم أعلم مخالفًا، جاز"، وكذلك نقل أبو طالب عنه أنه قال: "هذا كذب ما أعلمه أن الناس مجمعون؟ ولكن يقول: لا أعلم فيه اختلافًا، فهو أحسن من قوله إجماع الناس"؛ وكذلك نقل عنه أبو الحارث: "لا ينبغي لأحد أن يدعى الإجماع لعل لناس اختلفوا". قال القاضي: "وظاهر هذا الكلام أنه قد منع صحة الإجماع، وليس هذا على ظاهره، وإنما قال هذا على طريق الورع لجواز أن يكون هناك خلاف لم يبلغه، أو قال هذا في حق من ليس له معرفة بخلاف السلف، لأنه قد أطلق القول بصحة الإجماع في رواية عبد الله وأبي الحارث، وادعى الإجماع في رواية الحسن ابن ثواب، فقال: "أذهب في التكبير من غداة يوم عرفة إلى آخر أيام التشريق، فقيل له: إلى أي شيء تذهب؟ فقال: بالإجماع، عمر وعلي وعبد الله بن مسعود وعبد الله بن عباس." قال شيخنا: قلت: الذي أنكره أحمد دعوى إجماع المخالفين بعد الصحابة أو بعدهم وبعد التابعين أو بعد القرون الثلاثة المحمودة، ولا يكاد يوجد في كلامه احتجاج
(١) قال د. أحمد الذروي - محقق نسخة المسودة-: "في م - أي المطبوعة القديمة- زعم المحقق أنها محرفة، وصوابها أطلق".اهـ؛ وقال الشيخ عبد الله بن محسن التركي في "أصول مذهب الإمام أحمد" (ص ٣٥١): "هكذا في مخطوطة العدة، والظاهر أنها تحريف، وصوابها: وقد أطلق".اهـ