la rigueur dont il fait preuve en la matière : il est pratiquement impossible de trouver une question pour laquelle il rapporte l’unanimité des savants sans qu’il soit appuyé, dans cette affirmation, par quelques grandes références du domaine telles qu’Ibn Hazm, Ibn Rushd, Ibn Qudâma ou d’autres encore. Il arrive certes qu’apparaisse, sur certaines de ces questions, une divergence marginale émanant de quelques gens de science ; mais ces cas demeurent rares par comparaison avec le grand nombre de points sur lesquels aucun désaccord n’a pu être relevé. De surcroît, cette opposition peut ne pas être réellement établie pour l’auteur auquel on l’attribue ; et, quand bien même elle le serait, il se peut qu’il se soit ensuite rétracté, qu’il soit surtout connu pour l’avis contraire, que le consensus lui soit antérieur, ou encore que le contradicteur fasse partie de ceux dont l’avis n’est pas retenu par les savants, ou du moins par une partie d’entre eux.
Si aucune de ces hypothèses ne s’applique, il ne faut cependant pas prendre prétexte de ce seul cas pour discréditer tous les ijmâʿs rapportés par l’auteur, ni pour le taxer de laxisme dans leur transmission, ni pour prétendre qu’il les cite en sachant pertinemment qu’il existe un avis contraire, ou sans être sûr de son absence ; tout cela est irrecevable… » Fin de citation.
J’ajoute : il arrive aussi que certaines questions ne voient surgir une divergence qu’après l’époque d’Ibn al-Mundhir ; or, avant lui ou de son vivant, on ne connaissait aucun avis contraire digne de considération. Il n’est donc pas permis de remettre en cause un consensus qu’il a transmis sous le seul prétexte qu’un savant postérieur s’y est opposé.
Deuxièmement : la disparition de la génération des savants ayant conclu le consensus constitue-t-elle une condition pour que celui-ci soit valable ?
Al-Futūḥī rapporte, dans Sharḥ al-Kawkab al-Munīr (p. 233), que cette condition est attribuée à l’imâm Aḥmad et à la majorité de ses disciples ; puis il poursuit : « D’autres avis existent sur la question. 1) Le premier, qui est celui des trois imâms ainsi que de la plupart des juristes et des théologiens, estime que l’extinction de la génération n’est jamais requise. 2) Le deuxième veut que l’on exige cette extinction uniquement pour le consensus tacite, en raison de sa plus grande fragilité ; cet avis a été adopté par al-Āmidī et d’autres. Il est également rapporté de l’Ustâdh Abū Manṣūr al-Baghdādī, qui précise qu’il s’agit de l’opinion des spécialistes parmi les shâfiʿites. Le Qâḍî Abū Ṭayyib la considère comme la position de la plupart des disciples ; Abū al-Maʿālī la rapporte de l’Ustâdh Abū Isḥāq et al-Bandanījī l’a retenue. Sulaym al-Rāzī, quant à lui, situe la divergence dans les autres formes que le consensus tacite. 3) Le troisième avis soutient que l’extinction de la génération est exigée pour le consensus analogique, à l’exclusion des autres formes. »