et il dit, dans le Kitâb al-Liʿân : « Le fait que Dâwûd (al-Ẓâhirî) estime qu’un esclave entaché d’un défaut suffit pour l’expiation contredit le consensus que l’Imâm al-Shâfiʿî – qu’Allah lui fasse miséricorde – a rapporté. À mon avis, si al-Shâfiʿî avait été le contemporain de Dâwûd, il ne l’aurait même pas compté parmi les savants. »
Al-Ibiyârî objecte : « Cela n’est absolument pas correct selon nous. En effet, lorsqu’une question relève des narrations, d’une prescription purement scripturaire ou du simple libellé linguistique, et qu’aucun raisonnement analogique ne s’y oppose, le consensus ne saurait se former sans eux – sauf pour qui soutient que l’ijtihâd est indivisible. Or, si l’on admet la thèse de la divisibilité, rien n’interdit d’examiner une branche où ils ont raison, de la même manière que nous tenons compte de la divergence d’un théologien dans une question de kalâm, parce qu’il y possède une compétence. De même, l’avis des Ẓâhirites est retenu dans toutes les questions qui ne relèvent pas du qiyâs. »
Ibn al-Ṣalâḥ poursuit : « La position qui a finalement prévalu est celle qu’a choisie l’Ustâdh Abû Manṣûr et qu’il rapporte de la majorité : l’avis correct dans l’école est de prendre leur divergence en considération. C’est pourquoi les imâms de notre madhhab mentionnent leur opinion dans les ouvrages de furûʿ. »
Puis il ajoute : « La réponse que je formule, après avoir eu recours à l’istikhâra, est la suivante : la parole de Dâwûd est prise en compte dans la formation du consensus, à l’exception de ce qui contredit l’analogie, de ce qui s’oppose à ce sur quoi les partisans du qiyâs sont tous d’accord, ou de ce qu’il fonde sur des principes dont l’invalidité a été établie par une preuve péremptoire. Dans ces cas, l’accord de tous les autres constitue un ijmâʿ valide et la parole du contradicteur en est exclue ; ainsi en va-t-il de son avis autorisant la défécation dans l’eau stagnante, de ces questions répréhensibles, ou encore de sa maxime explicite : « Il n’y a d’usure que dans la vente à terme. » Son opposition sur ces points et sur ce qui leur ressemble n’est donc pas prise en considération. » Fin de citation.
(Quatrième question) : La notoriété du mujtahid dont l’opinion est prise en compte dans l’ijmâʿ est-elle requise ?
Al-Zarkashî, dans Al-Baḥr al-Muḥîṭ (t. 6, p. 430), répond par la négative : « Au contraire, l’avis d’un mujtahid demeuré obscur est pris en considération, à l’encontre de certains auteurs marginaux qui distinguent : seul celui qui est célèbre pour ses fatwas verrait son opinion retenue, à l’exclusion des autres… » Fin de citation.
(Cinquième question) : Le désaccord d’une ou deux personnes empêche-t-il la formation du consensus ?
Ibn Ḥazm écrit dans Al-Iḥkâm (t. 4, p. 538) : « Un groupe a soutenu que, lorsque la majorité des savants se rassemble sur une opinion et qu’un seul d’entre eux la contredit, on ne tient pas compte de cet unique avis et la parole de la majorité constitue un consensus. »