Troisième question : la prise en compte des Ẓâhirites dans le consensus (ijmâʿ)
Al-Zarkachî déclare dans Al-Baḥr al-Muḥîṭ (t. 6, p. 424-425) : « Un groupe – parmi lesquels le Qâḍî Abû Bakr, l’Ustâdh Abû Isḥâq al-Isfarâyînî, et, selon lui, la majorité – estime que l’avis de celui qui rejette l’analogie (qiyâs) dans les affaires relevant de la Loi n’est pas pris en considération. Imâm al-Ḥaramayn et al-Ghazâlî les ont suivis. Ils expliquent que celui qui refuse le qiyâs ignore les voies de l’ijtihâd ; il s’en tient aux pures apparences et ressemble, de ce fait, au simple profane dépourvu de science. L’Ustâdh Abû Manṣûr rapporte la même opinion d’Abû ʿAlî b. Abî Hurayra et d’un groupe de ses contemporains.
L’Asfahânî, commentateur du Maḥṣûl, objecte : « Logiquement, celui qui tient ce raisonnement devrait également écarter la divergence de celui qui nie le caractère général des textes, qui conteste la valeur du ḥadîth isolé (khabar al-wâḥid), ainsi que de quiconque adhère à ces positions. »
Je (l’auteur) ajoute : l’Ustâdh rapporte d’Ibn Abî Hurayra – qu’Allah lui fasse miséricorde – qu’il applique bien cette règle à celui qui rejette les ḥadîth isolés ou hésite quant aux sens apparents et à la généralité des textes. Il dit en effet : « Les prescriptions juridiques se déduisent de ces sources ; quiconque les nie ou reste indécis à leur sujet n’appartient pas aux gens de l’ijtihâd, et son désaccord ne compte donc pas. »
Al-Nawawî écrit, dans le chapitre consacré au siwâk de son Commentaire de Muslim : « La divergence de Dâwûd (al-Ẓâhirî) ne compromet pas la formation du consensus, selon l’opinion retenue par la majorité et les vérificateurs. » L’auteur d’Al-Mufhim va dans le même sens : « La plupart des juristes et des usûlites considèrent que leur opposition ne pèse pas ; on les range plutôt parmi les simples fidèles. Celui qui, malgré tout, tient compte de leur avis le fait parce qu’il admet la pertinence de l’opinion des profanes dans l’élaboration du consensus, ce qui est erroné. » D’autres encore affirment qu’en matière religieuse ils sont aux Ẓâhirites ce que les sophistes sont aux disciplines rationnelles.
Abû Bakr al-Râzî, savant ḥanafite, déclare également : « On ne tient pas compte de leur désaccord et l’on ne se rassure pas de leur accord. » Le Qâḍî ʿAbd al-Wahhâb écrit, dans Al-Mulakhkhaṣ : « On les traite comme on traite celui qui rejette les récits mursal, refuse le principe de généralité ou réserve l’impératif à l’obligation, parce que tout le fiqh repose sur ces méthodes. »
Ibn al-Ṣalâḥ rapporte de l’Ustâdh Abû Manṣûr qu’il a transmis d’Ibn Abî Hurayra et d’autres que leur divergence n’est pas prise en considération dans les questions de détail (furûʿ), mais qu’elle l’est dans les questions fondamentales (uṣûl).
Imâm al-Ḥaramayn conclut : « Les vérificateurs n’attachent aucun poids au désaccord des Ẓâhirites, car la majeure partie de la Sharîʿa repose sur l’ijtihâd et les textes ne couvrent pas même un dixième de dixième de celle-ci. » – Et il poursuit…