n’est qu’une preuve conjecturale ; al-Bazdawī, ainsi qu’un groupe de Ḥanafites, a pour sa part établi une hiérarchie du consensus : le consensus des Compagnons se situe au même rang que le Livre et les récits transmis par voie mutawâtir ; celui des générations ultérieures équivaut aux traditions mashhûr ; enfin, le consensus auquel a précédé une divergence dans une époque antérieure a le statut d’un hadith isolé (khabar al-wâhid).
Certains ont estimé, dans tous les cas, qu’il impose seulement l’obligation d’agir sans procurer la certitude scientifique. On aboutit ainsi à quatre positions :
- il confère à la fois la certitude (ʿilm) et l’obligation d’agir ;
- il ne confère ni l’une ni l’autre ;
- il confère la certitude lorsqu’il repose sur une unanimité attestée de façon irréfutable ;
- il ne confère la certitude que dans le consensus des Compagnons.
L’auteur d’al-Taqwîm a objecté : « Il arrive qu’un consensus se forme sur la base d’un simple indice ; comment, dans ce cas, une unanimité issue du vraisemblable pourrait-elle produire la certitude ? » Il répond que c’est le rattachement même au consensus qui en fait une preuve décisive ; or l’infaillibilité de la communauté, préservée de l’erreur, est établie, ce qui ramène la situation à celle d’un lien direct avec le Messager d’Allâh ﷺ et son approbation.
Partant, si l’on tient le consensus pour l’un des fondements généraux à l’aune desquels on juge les évidences que sont les textes irréfutables du Livre et de la Sunna mutawâtira, il faut nécessairement qu’il soit, lui aussi, définitif, car il est impossible qu’une preuve catégorique soit annulée par ce qui ne l’est pas.
L’Ustâdh Abû Isḥâq, dans ses Taʿlîqât, ainsi qu’al-Bandanîjî, dans al-Dhakhîra, rapportent deux avis au sujet de l’usage du terme « consensus » : s’applique-t-il aussi bien à la preuve catégorique qu’à la preuve conjecturale, ou seulement à la première ? Ils précisent qu’il ne s’agit que d’une question de terminologie.
Je dis : certains de ces propos puisent leur origine dans l’affirmation de quelques théologiens spéculatifs selon laquelle le hadith isolé n’apporte qu’une connaissance conjecturale. Cette conception – a fortiori l’idée que le consensus ne fournirait qu’un savoir conjectural – était inconnue des Compagnons ; elle ne s’est développée qu’avec la naissance du kalâm. Quant aux traditionalistes, qui ont fondé leur religion sur les principes légués par les Compagnons, ils soutiennent qu’un hadith isolé authentique procure une connaissance certaine et rend l’action obligatoire.
– Conditions de validité du consensus :
Premièrement : la condition propre à l’état de ceux par qui le consensus se forme, laquelle comporte plusieurs questions.
Question 1 – Le consensus valable dans chaque discipline :
Al-Zarkashî écrit dans al-Baḥr al-Muḥîṭ (6/415) : « Il est requis, pour qu’un consensus existe dans une discipline déterminée, que tous les connaisseurs de cette discipline, à l’époque considérée, se prononcent. L’avis de ceux qui n’en sont pas spécialistes reposerait nécessairement sur l’ignorance et, partant, ne serait assorti d’aucune preuve. Ainsi, pour qu’il y ait consensus sur une question de jurisprudence, l’assentiment de l’ensemble des jurisconsultes est exigé, et dans … »