Quant à celui qui entre à la fois dans le champ de la promesse et dans celui de la menace, la doctrine des Compagnons, des Successeurs et des gens de la Sunna et du Groupe est qu’il mérite simultanément récompense et châtiment ; ainsi, lorsque Allâh l’aura châtié pour ses péchés autant qu’Il le voudra, Il fera ensuite sortir du Feu quiconque porte dans son cœur le poids d’un atome de foi.
En revanche, le dogme des Khawârij et des Muʿtazila ne reconnaît que deux catégories : soit un homme uniquement bénéficiaire de la promesse, comblé de délices et jamais châtié, soit un homme uniquement soumis à la menace, châtié sans jamais être comblé. Nous avons longuement réfuté leur position ailleurs ; c’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils ont professé l’« annulation absolue » (al-iḥbâṭ al-muṭlaq) qui ne laisse subsister aucune bonne œuvre.
Or les textes révélés et le consensus des Pieux Prédécesseurs attestent qu’il existe des gens qui seront à la fois comblés et châtiés et qu’ils détiennent une part de foi. Ainsi, celui qui possède de nombreuses bonnes actions comme de nombreuses mauvaises verra ses péchés neutraliser, à due proportion, ses bonnes œuvres ; si pourtant ses mauvaises actions prédominent, il entrera dans le Feu. Toutefois, la prédominance des mauvaises actions n’implique pas que les bonnes œuvres aient été totalement annulées au point qu’il ne lui en reste aucune, comme c’est le cas des mécréants, car ce qui est pesé, ce sont les œuvres rendues tangibles, et leurs registres témoignent qu’il possède à la fois des bonnes et des mauvaises actions.
Quant à celui qui ne possède absolument aucune bonne action, sa balance est d’une légèreté absolue, dépourvue de toute bonne œuvre susceptible de l’alourdir ; en vérité, lourdeur et légèreté ne concernent que les bonnes actions : leur détenteur réussit lorsque le plateau de ces dernières est lourd, et il est perdant lorsqu’il est léger. Et si l’on suppose des bonnes actions pures, sans aucune mauvaise pour leur faire face, alors celles-ci atteignent le summum de la lourdeur.