en l’amenant à se forger la conviction d’un sens que le locuteur n’avait pas l’intention d’exprimer. Or, cet état d’ignorance peut parfois produire un avantage qui l’emporte sur le préjudice, parfois l’inverse, et il arrive que ces deux considérations se neutralisent. Il ne fait aucun doute que, si la connaissance d’une chose conduisait l’intéressé à ce qu’Allah et Son Messager réprouvent, l’ignorer et la lui taire sera plus profitable pour lui comme pour celui qui parle. De même, si la révélation d’un fait cause un tort au locuteur, ou lui fait perdre un intérêt plus précieux que l’intérêt de l’explication, il peut le passer sous silence ; et si l’auditeur insiste pour l’entendre, le locuteur est en droit de recourir à l’allusion.
L’objectif des maʿārīḍ (formules allusives) est donc de permettre la réalisation d’un acte obligatoire, recommandé ou simplement licite que la Loi a autorisé à rechercher, en établissant pour cela un moyen légitime. On ne saurait donc les assimiler à ces artifices qui visent à abolir une prescription légale ou à rendre licite ce qu’elle a interdit. Qu’y a-t-il de commun entre les deux domaines ? N’est-ce pas là l’un des pires abus du raisonnement analogique ? C’est comme comparer le ribâ (usure) à la bayʿ (vente), ou une bête morte d’elle-même à un animal dûment immolé. ⦗Iʿlâm al-muwaqqiʿîn 3/234-236⦘ (1).
Ibn Mufliḥ a dit : « Il est permis d’user d’allusion dans la conversation avec une personne qui n’est pas injuste, même sans nécessité ; tel est l’avis retenu par la majorité. D’aucuns, toutefois, l’ont interdit ; c’est ce qu’a rapporté notre shaykh et qu’il a retenu, parce qu’il s’agit d’un tadlîs comparable à la dissimulation des défauts d’une marchandise. » ⦗Al-Furûʿ 6/353 (11/5)⦘.
Il a également déclaré : « Pour nos compagnons, les maʿārīḍ sont en principe permises ; certains les jugent réprouvées, d’autres les tiennent pour illicites. Je n’ai trouvé chez aucun d’eux une distinction explicite entre le serment et les autres cas.
L’imam Ahmad a dit : “Le tadlîs est un défaut.” Il a encore affirmé : “Je le déteste”, “Cela ne me plaît pas”, expliquant qu’il s’agit pour l’homme de se donner belle apparence aux yeux des gens.
Il ressort de ces propos que le tadlîs n’est pas formellement interdit, et c’est également la conclusion adoptée par al-Qâḍî, ses élèves et la plupart des savants.
(1) Bayān al-dalīl, pages 198-202 (version abrégée).
بأن يوقعه المتكلم في اعتقاد ما لم يرده بكلامه، وهذا التجهيل قد تكون مصلحته أرجح من مفسدته، وقد تكون مفسدته أرجح من مصلحته، وقد يتعارض الأمران، ولا ريب أن من كان علمه بالشيء يحمله على ما يكرهه الله ورسوله، كان تجهيله به وكتمانه عنه أصلح له وللمتكلم، وكذلك ما كان في علمه مضرة على القائل، أو تفوت عليه مصلحة هي أرجح من مصلحة البيان، فله أن يكتمه عن السامع، فإن أبى إلا استنطاقه فله أن يعرض له.
فالمقصود بالمعاريض: فعل واجب، أو مستحب، أو مباح أباح الشارع السعي في حصوله، ونصب له سببا يفضي إليه، فلا يقاس بهذه الحيل التي تتضمن سقوط ما أوجبه الشارع، وتحليل ما حرمه، فأين أحد البابين من الآخر؟ ! وهل هذا إلا من أفسد القياس؟ ! وهو كقياس الربا على البيع، والميتة على المذكى) [إعلام الموقعين ٣/ ٢٣٤ - ٢٣٦] (١).
- وقال ابن مفلح: (ويجوز التعريض في المخاطبة لغير ظالم بلا حاجة، اختاره الأكثر، وقيل: لا، ذكره شيخنا واختاره، لأنه تدليس كتدليس المبيع) [الفروع ٦/ ٣٥٣ (١١/ ٥)].
- وقال أيضا: (وأما الأصحاب فتجوز عندهم المعاريض، وقيل: تكره، وقيل: تحرم، ولم أجد أحدا منهم صرح بالفرق بين اليمين وغيرها.
وقد قال أحمد: التدليس عيب، وقال: أكرهه، قال: لا يعجبني، وعلله بأنه يتزين للناس.
فظاهر هذا أنه لا يحرم، وكذا اقتصر القاضي وأصحابه وأكثر العلماء
(١) «بيان الدليل» (١٩٨ - ٢٠٢) باختصار.