Chapitre : Recueil des serments
1381 – Le statut des formules allusives (maʿârîḍ)
– Ibn al-Qayyim rapporte : « Notre Shaykh – qu’Allah lui fasse miséricorde – explique que la pratique à laquelle on a comparé, par analogie, les stratagèmes usuraires sans qu’elle leur soit identique, se divise en deux catégories.
La première est celle des maʿârîḍ. Elle consiste pour quelqu’un à prononcer des paroles licites en visant un sens vrai, tout en laissant l’interlocuteur croire qu’il en vise un autre. Cette méprise naît du fait que le terme employé est partagé entre deux acceptions : soit deux sens linguistiques, soit deux sens coutumiers, soit deux sens légaux, soit un sens linguistique et l’un des deux autres, soit un sens coutumier et l’un des deux autres, soit un sens légal et l’un des deux autres. Le locuteur retient l’un de ces deux sens et amène l’auditeur à penser qu’il entend le second, soit parce que l’auditeur ne connaît que celui-là, soit parce que la situation semble l’imposer, soit encore en raison d’un indice de contexte ou de formulation ajouté au propos.
La confusion peut aussi venir de ce que le mot, dans sa forme apparente, renvoie à une signification tandis que l’orateur en vise une autre que la phrase peut porter en sous-entendu : il entend par exemple le sens figuré et non le sens propre, il restreint intérieurement un terme général, ou conditionne un terme absolu. Elle peut encore provenir du fait que l’interlocuteur, selon son usage particulier, sa distraction ou son ignorance, ne saisit du mot qu’un sens autre que son sens littéral, alors que le locuteur, lui, n’entend que ce sens littéral.
Tout cela est permis dès lors que l’on cherche par là à repousser un tort indûment subi. C’est ainsi qu’Abraham déclara : « C’est ma sœur » ; que le Prophète ﷺ dit : « Nous sommes issus de l’eau » ; qu’Abû Bakr – qu’Allah l’agrée – répondit : « Un guide qui me montre la voie » ; et qu’ʿAbd Allah ibn Rawâḥa récita :
Je témoigne que la promesse d’Allah est vérité… (suite des vers).