al-Ashraf, s’imaginant que le sang d’un tel homme était inviolable en vertu d’un statut de dhimma ou d’un simple sauf-conduit apparent. Cette erreur rejoint l’ambiguïté qui, jadis, troubla certains jurisconsultes lorsqu’ils crurent qu’un pacte ne se trouvait pas rompu pour ce motif.
Ibn Wahb rapporte : « Sufyân ibn ʿUyayna m’a informé de la part de ʿUmar ibn Saʿîd — le frère de Sufyân ibn Saʿîd ath-Thawrî —, lequel le tenait de son père, d’après ʿAbâya. Celui-ci dit : On évoqua le meurtre d’Ibn al-Ashraf en présence de Muʿâwiya ; Ibn Yâmîn déclara alors : “On l’a tué par traîtrise.” Muḥammad ibn Maslama s’écria : “Ô Muʿâwiya ! Le Messager d’Allah ﷺ serait-il accusé de perfidie devant toi sans que tu t’y opposes ? Par Allah, jamais plus un même toit ne nous abritera, et je ne pourrai laver le sang de cet homme qu’en le versant moi-même.” »
Al-Wâqidî rapporte : « Ibrâhîm ibn Jaʿfar m’a transmis de son père que Marwân ibn al-Ḥakam — alors gouverneur de Médine — se trouvait auprès d’Ibn Yâmîn al-Naḍrî et demanda : “Comment Ibn al-Ashraf a-t-il été tué ?” — “Par traîtrise”, répondit Ibn Yâmîn. Muḥammad ibn Maslama, déjà très âgé, était assis non loin et déclara : “Ô Marwân ! Chez toi, le Messager d’Allah ﷺ serait-il taxé de perfidie ?! Par Allah, nous ne l’avons tué que sur l’ordre du Messager d’Allah ﷺ. Par Allah, aucun toit ne me réunira plus avec toi, hormis celui de la mosquée. Quant à toi, Ibn Yâmîn, je jure devant Allah que, si je m’en tire et que je te retrouve l’épée à la main, je frapperai ta tête.” »
Dès lors, Ibn Yâmîn ne se rendait plus chez Banû Qurayẓa sans d’abord dépêcher un messager pour savoir où se trouvait Muḥammad ibn Maslama ; si ce dernier se trouvait dans l’une de ses propriétés, il venait vaquer à ses affaires, sinon il renonçait à descendre. Un jour, Muḥammad assistait à des funérailles tandis qu’Ibn Yâmîn se trouvait au Baqîʿ. Ce dernier aperçut Muḥammad portant un cercueil orné de palmes fraîches, celui d’une femme dont la monture était arrivée. Les gens s’approchèrent et dirent : « Abû ʿAbd ar-Raḥmân, que fais-tu ? Laisse-nous donc nous en charger. » Il continua pourtant à avancer et se mit à frapper Ibn Yâmîn avec les palmes, branche après branche, jusqu’à les briser sur son visage et sa tête, ne lui laissant aucune partie indemne, puis le relâcha sans qu’il ait versé de sang (1). Il conclut : « Par Allah, si j’avais eu mon épée, je t’en aurais asséné un coup. »
(1) Expression « wa-lâ ṭabâkha bihi » : il ne lui infligea aucune blessure sanglante.