Comment doit-il l’essuyer ? Il répondit : « Il retire la bande, puis il passe la main sur la plaie elle-même. »
Je (Ibn al-Qayyim) dis : Ce texte s’oppose à l’opinion la plus répandue parmi les docteurs de notre école, car ils affirment que, si la blessure est à découvert, on ne doit pas l’essuyer avant de l’avoir recouverte ; et, si elle ne peut être recouverte, on recourt au tayammum. Or la parole d’Aḥmad est explicite : on enlève la bande et l’on essuie directement la plaie. Cela montre que l’essuyage d’une plaie à nu est préférable à l’essuyage sur une attelle, et qu’il vaut mieux que le tayammum. Telle est, en vérité, l’opinion correcte dont on ne devrait pas se détourner ; c’est celle qui est rapportée des Anciens, Compagnons et Successeurs. Il ne fait aucun doute qu’à la lumière de l’analogie juridique, le fait de toucher le membre concerné en l’essuyant — ce qui constitue une partie du lavage prescrit — l’emporte sur le fait de toucher, avec de la terre, un autre membre. J’ai longtemps trouvé cette question étrange, jusqu’à ce que je découvre ce texte d’Aḥmad allant en sens inverse. Or il est notoire que la permission d’essuyer sur un voile n’a été accordée qu’en raison de la gêne qu’il y aurait à l’ôter ; comment pourrait-elle donc primer sur l’essuyage direct de la plaie sans voile ? L’analogie et les traditions confirment ainsi la validité de ce texte — et Allah sait mieux.
J’ai exposé, dans mon « Grand ouvrage rassemblant les Sunan et les Athar », les noms de ceux parmi les Anciens qui ont soutenu cette opinion et les récits qui le prouvent. Notre maître Abû al-ʿAbbâs Ibn Taymiyya — qu’Allah lui fasse miséricorde — adoptait également cette position et jugeait faible l’avis qui substitue le tayammum à l’essuyage. [Badāʾiʿ al-Fawāʾid, 4/67-68]
Ibn Mufliḥ a également dit : « Lorsqu’il ne craint aucun dommage à l’essuyer, l’essuyage est-il son obligation (var. W, M) ou bien doit-il accomplir le tayammum (var. W, Sh) ? Deux versions sont rapportées. D’après une autre, il accomplit les deux. Le passage transmis par Ibn Hānīʾ indique qu’il faut essuyer la peau lorsqu’il y a excuse, comme pour le blessé ; tel est l’avis retenu par notre maître, et c’est l’opinion la plus juste. » [Al-Furūʿ, 1/218-219 (1/288-289)] (1).