Notre maître déclara : « En l’an 701 H, un groupe de juifs de Damas présenta des chartes qu’il affirmait fort anciennes, toutes rédigées – disait-il – de la main de ʿAli ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée). Ils les avaient parées de tout ce qui pouvait en imposer et, depuis longtemps, ces documents avaient trouvé crédit auprès des autorités, si bien qu’on leur avait remisé la jizya ; ils détenaient même des actes signés de gouverneurs. Lorsque je les examinai, j’y vis, intérieurement, quantité d’indices révélant leur fausseté :
– D’abord, les graphies divergent de façon flagrante dans la façon même de composer les lettres, preuve qu’un seul scribe ne les a pas écrites ; tous ces écarts démentent qu’il s’agisse de l’écriture de ʿAli ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée).
– Ensuite, on y relève des fautes de langue contraires à l’arabe, fautes qu’il est inconcevable d’imputer à ʿAli (qu’Allah l’agrée) ou à quiconque de son rang.
– De plus, on y lit des propos qu’il est impossible d’attribuer au Prophète ﷺ à propos des juifs, tels que : « qu’ils soient traités avec vénération et honneur », « as-salâmu ʿalaykum wa raḥmatullâhi wa barakâtuh » (que la paix, la miséricorde d’Allah et Ses bénédictions soient sur vous), « qu’Allah vous accorde la meilleure rétribution », ou encore : « il incombe (au gouverneur) d’honorer vos bienfaisants et de pardonner à vos fautifs », et d’autres expressions semblables.
– Il y est également question d’exonérer ces gens du kharâj alors qu’ils résident au Ḥidjâz ; or le Prophète ﷺ n’a jamais instauré le kharâj, et, de toute façon, les terres du Ḥidjâz n’y sont pas soumises ; le kharâj est un impôt dû par les musulmans : comment l’ôterait-on aux gens placés sous statut de dhimma ?
– Certains de ces écrits abolissent aussi les taxes accessoires et les corvées ; voilà une mesure introduite par des souverains tardifs, non par le Messager ﷺ ni par ses califes.
– Enfin, on lit dans quelques-uns qu’auraient témoigné devant lui ʿAbd Allâh ibn Salâm et Kaʿb ibn Mâlik. »