lorsqu’il dépêcha Muʿâdh au Yémen, il lui enjoignit de percevoir, de chaque adulte, un dînâr ou l’équivalent : un vêtement en étoffe muʿâfir.
Je dis (1) : L’intention de notre maître est que les habitants de Khaybar, comme l’ensemble des juifs, relevaient tous du même statut ; le Prophète ne leur réclama donc pas la jizya – il la leva même à leur égard – car son obligation ne fut révélée qu’après qu’il eut achevé ses guerres contre les juifs. En effet, cette prescription ne survint qu’avec la sourate « Barâ’a », lors du pèlerinage dirigé par as-Siddîq (m. 13 H), la neuvième année de l’hégire, tandis que le combat de Khaybar eut lieu en l’an sept. Khaybar suivit le traité de Hudaybiyya ; Allah – exalté soit-Il – l’accorda en reconnaissance aux gens de Hudaybiyya pour leur patience, tout comme Il accorda la prise de Qurayza après la Bataille du Fossé, en gratitude et en réparation de ce que les musulmans avaient enduré, comme Il fit de même avec an-Naḍîr après Uhud, et avec Qaynuqâʿ après Badr. Chacune des confrontations du Messager d’Allah ﷺ contre les ennemis juifs survint donc après une expédition contre les polythéistes, à un moment où la jizya n’était pas encore révélée.
Une fois celle-ci révélée, le Prophète ﷺ la perçut des chrétiens de Najrân – les premiers auxquels elle fut appliquée, comme cela a été établi – et il envoya Muʿâdh l’exiger des juifs du Yémen.
Si l’on objecte : « Pourquoi ne l’a-t-il pas imposée aux gens de Khaybar après sa révélation ? », la réponse est que, précédemment, il avait conclu avec eux un accord les autorisant à demeurer sur leurs terres, à condition de remettre la moitié de leur récolte aussi longtemps qu’il le voudrait ; il respecta donc leur pacte et ne leur demanda rien d’autre que ce qui avait été stipulé. Lorsque ʿUmar (m. 23 H) les exila vers le Shâm, ils pensèrent pouvoir continuer à en être exemptés et forgèrent alors un document affirmant que le Messager d’Allah ﷺ les en avait totalement dispensés. Al-Khaṭîb, le Qâḍî et d’autres ont rédigé des traités réfutant ce texte apocryphe, avançant plusieurs arguments démontrant que la pièce qu’ils détiennent est bel et bien une fabrication sans valeur.