Ṣâliḥ b. Aḥmad : « J’ai dit à mon père : “Des gens prétendent que je prends parti pour Yazîd.” Il répondit : “Mon fils, quiconque croit en Allah et au Jour dernier peut-il donc se rallier à Yazîd ?” — “Alors, pourquoi ne le maudis-tu pas ?” lui demandai-je. Il dit : “M’as-tu jamais vu maudire qui que ce soit ? Pourquoi ne pas nous limiter à maudire ceux qu’Allah — exalté soit-Il — a maudits dans Son Livre ?” — “Et où Allah a-t-Il maudit Yazîd dans Son Livre ?” rétorquai-je. Il récita alors : « Seriez-vous, si vous accédiez à l’autorité, de ceux qui corrompent la terre et rompent les liens de parenté ? (22) Ceux-là sont ceux qu’Allah a maudits : Il les a rendus sourds et a aveuglé leurs regards. » [Muhammad : 22-23] Puis il conclut : “Peut-on imaginer rupture plus grave des liens du sang que le meurtre ?” » Le qâḍî commente : « Si cette chaîne est authentique, elle constitue un texte explicite en faveur de la malédiction de Yazîd. » Shaykh Taqî ad-Dîn ajoute : « L’argument repose sur le principe selon lequel ce qui vaut pour le cas générique s’applique au cas particulier. » Fin de sa parole. Il dit encore ailleurs : « On rapporte d’Aḥmad qu’il a maudit nommément certains prédicateurs de l’innovation (*ahl al-bidʿa*). C’est pourquoi une partie des compagnons (de l’école) distingue la malédiction adressée au pécheur avéré de celle visant les meneurs de l’égarement : soit parce qu’on les tient pour mécréants, soit parce que leur nuisance est plus grave. Celui qui autorise la malédiction d’un innovateur jugé mécréant à titre individuel autorise, a fortiori, la malédiction d’un non-musulman précis. Mais celui qui ne permet de maudire que les personnes dont la malédiction est établie par un texte, n’autorise pas la malédiction d’un infidèle déterminé. Ainsi, celui qui restreint la malédiction aux cas textuellement prescrits considère qu’elle n’est licite ni à titre de représailles ni au nom du jihâd, pas plus que pour l’exécution des peines, telles que l’exil, le *taʿzîr* ou la mise en garde. » Cela s’accorde avec le hadith d’Abû Hurayra rapporté dans le *Ṣaḥîḥ* : lorsque le Prophète ﷺ voulait invoquer pour quelqu’un ou contre quelqu’un, il récitait la *qunût* après l’inclination et disait : « Ô Allah, maudis untel et untel » — concernant certaines tribus arabes — jusqu’à la révélation du verset : « Tu n’as aucune part dans l’affaire. » [Âl ʿImrân : 128]
صالح بن أحمد قلت لأبي: إن قوما ينسبون إلي تولي يزيد، فقال: يا بني، وهل يتولى يزيد أحد يؤمن بالله واليوم الآخر؟ فقلت: ولم لا تلعنه؟ فقال: ومتى رأيتني ألعن شيئا؟ لم لا نلعن من لعنه الله – Exalté soit-Il – في كتابه؟ فقلت: وأين لعن الله يزيد في كتابه؟ فقرأ: ﴿فَهَلْ عَسَيْتُمْ إِنْ تَوَلَّيْتُمْ أَنْ تُفْسِدُوا فِي الْأَرْضِ وَتُقَطِّعُوا أَرْحَامَكُمْ (٢٢) أُولَئِكَ الَّذِينَ لَعَنَهُمُ اللَّهُ فَأَصَمَّهُمْ وَأَعْمَى أَبْصَارَهُمْ﴾ [محمد: ٢٢ - ٢٣]، فهل يكون في قطع الرحم أعظم من القتل؟ قال القاضي: وهذه الرواية إن صحت فهي صريحة في معنى لعن يزيد. قال الشيخ تقي الدين: الدلالة مبنية على استلزام المطلق للمعين. انتهى كلامه. وقال في مكان آخر: وقد نقل عن أحمد لعنة أقوام معينين من دعاة أهل البدع، ولهذا فرق من فرق من الأصحاب بين لعنة الفاسق بالفعل، وبين دعاة أهل الضلال، إما بناء على تكفيرهم، وإما بناء على أن ضررهم أشد، ومن جوز لعنة المبتدع المكفر معينا، فإنه يجوز لعنة الكافر المعين بطريق الأولى، ومن لم يجوز أن يلعن إلا من ثبت لعنه بالنص، فإنه لا يجوز لعنة الكافر المعين، فمن لم يجوز إلا لعن المنصوص يرى أن لا يجوز ذلك لا على وجه الانتصار ولا على وجه الجهاد، وإقامة الحدود كالهجرة، والتعزير والتحذير. وهذا مقتضى حديث أبي هريرة الذي في «الصحيح»: أن النبي ﷺ كان إذا أراد أن يدعو لأحد أو على أحد قنت بعد الركوع، وقال فيه: «اللهم العن فلانا وفلانا» لأحياء من العرب، حتى نزلت: ﴿لَيْسَ لَكَ مِنَ الْأَمْرِ شَيْءٌ﴾ [آل عمران: ١٢٨].