dans le verset de la sourate Les Poètes : « Les démons ne l’ont point fait descendre ; il ne leur sied pas et ils n’en ont pas la capacité » (ash-Shuʿarâʾ, 210-211). Seules les âmes purifiées – c’est-à-dire les anges – peuvent y accéder.
Parmi les arguments encore : ce passage répond à celui qui figure dans la sourate ʿAbasa : « Que celui qui veut s’en souvienne ; (il se trouve) dans des feuillets honorés, élevés, purifiés, entre les mains de scribes nobles et vertueux » (ʿAbasa, 12-16). Mâlik rapporte dans son Muwattaʾ : « La meilleure explication que j’aie entendue au sujet de la parole : “Nul ne le touche si ce n’est les purifiés” (al-Wâqiʿa, 79) est qu’elle est analogue à ce verset de la sourate ʿAbasa. »
Autre argument : il s’agit là d’un verset mecquois, issu d’une sourate mecquoise qui expose l’unicité, la prophétie, la résurrection, prouve l’existence du Créateur et réfute les mécréants. Ce contenu se prête bien mieux à l’objectif doctrinal qu’à une question de jurisprudence secondaire, à savoir la règle régissant le contact du Coran par la personne en état d’impureté mineure.
De même, si le Livre visé était celui que les hommes tiennent entre leurs mains, il n’y aurait guère d’intérêt à le placer sous un serment aussi solennel ; chacun sait que toute parole – véridique ou mensongère – peut être consignée dans un écrit. Il en va autrement lorsque le serment atteste qu’il se trouve dans un Livre préservé, dissimulé aux regards auprès d’Allâh, inaccessible aux démons, et qu’aucune créature ne touche hormis des âmes pures et immaculées. Ce sens est sans conteste plus approprié, plus noble et plus conforme au verset.
J’ai enfin entendu Shaykh al-Islâm Ibn Taymiyya – qu’Allâh sanctifie son âme – dire : « Le verset, par son indication implicite, établit néanmoins que seul celui qui est en état de pureté peut toucher le muṣḥaf ; car si ces feuillets célestes ne sont effleurés que par des êtres purifiés en raison de leur haute dignité auprès d’Allâh, à plus forte raison les exemplaires terrestres ne doivent-ils être touchés que par une personne purifiée. » [Madârij al-Sâlikîn, 2/433-435].