Il répondit : « La plupart des gens, aujourd’hui, ignorent que cela est interdit ; d’autant plus que l’imâm al-Shâfiʿî le tient pour licite. Comment donc châtier quelqu’un qui n’a pas conscience de l’interdiction ?
— De plus, poursuivit-il, ʿUmar les y a contraints tout en leur fermant la porte du *taḥlîl* (le remariage intermédiaire). Or, ceux d’aujourd’hui les obligent aux trois répudiations mais, très souvent, leur ouvrent la porte du *taḥlîl*. Un homme ne peut se passer de son épouse ; s’il apprend qu’elle ne pourra lui revenir qu’après un *taḥlîl*, il cherchera à y recourir. Les Compagnons n’autorisaient pas cela ; ainsi, on a obtenu l’avantage de dissuader du triple divorce d’un seul trait sans que ne survienne, parmi eux, le fléau du *taḥlîl*.
— Si ʿUmar avait su que les gens se lanceraient en masse dans le *taḥlîl*, il aurait estimé préférable de les maintenir sur la pratique qui prévalait à l’époque du Messager d’Allah ﷺ, d’Abû Bakr, puis au début même de son propre califat. »
Notre Shaykh a développé cette question en détail ⦗at-Turuq al-ḥukmiyya 13-14⦘.
— Il a encore dit : « Lorsque Abû Dâwûd omit, dans ses Sunan, le hadith reproduit dans le Musnad d’Aḥmad — celui que nous venons d’évoquer — il expliqua : “Le hadith de *al-batta* est plus sûr que celui d’Ibn Jurayj rapportant que Rukâna a divorcé trois fois de son épouse, parce que les narrateurs sont des membres de sa famille.”
Mais les grands imâms versés dans la critique des chaînes et dans le fiqh — tels qu’Imâm Aḥmad, Abû ʿUbayd et al-Bukhârî — ont déclaré faible le hadith de *al-batta* et souligné qu’il est transmis par des narrateurs inconnus, dont la probité et la rigueur ne sont pas établies. Aḥmad, pour sa part, a authentifié le hadith des « trois » et montré qu’il est correct ; il a dit : “Le hadith de Rukâna n’est pas établi, à savoir qu’il aurait divorcé de son épouse *al-batta*.”
Dans une autre version de ses propos : “Le hadith de Rukâna relatif à *al-batta* ne vaut rien, parce qu’Ibn Isḥâq le rapporte de Dâwûd ibn al-Ḥuṣayn, d’après ʿIkrima, d’après Ibn ʿAbbâs — qu’Allah les agrée — selon lequel Rukâna a prononcé contre son épouse un triple divorce ; or, les habitants de Médine appellent le triple divorce : *al-batta*.”
فقال: أكثر الناس اليوم لا يعلمون أن ذلك محرم، ولا سيما والشافعي يراه جائزا، فكيف يعاقب الجاهل بالتحريم؟
قال: وأيضًا فإن عمر ألزمهم بذلك، وسد عليهم باب التحليل، وأما هؤلاء فيلزمونهم بالثلاث، وكثير منهم يفتح لهم باب التحليل، فإنه لابد للرجل من امرأته، فإذا علم أنها لا ترجع إليه إلا بالتحليل سعى في ذلك، والصحابة لم يكونوا يسوغون ذلك، فحصلت مصلحة الامتناع من الجمع، من غير وقوع مفسدة التحليل بينهم.
قال: ولو علم عمر أن الناس يتتابعون في التحليل لرأى أن إقرارهم على ما كان عليه الأمر في زمن رسول الله ﷺ وأبي بكر وصدرا من خلافته أولى.
وبسط شيخنا الكلام في ذلك بسطًا طويلًا) [الطرق الحكمية ١٣ ـ ١٤].
- وقال أيضا: (قال شيخنا (رضي الله عنه): وأبو داود لما لم يرو في «سننه» الحديث الذي في «مسند أحمد» ــ يعني: الذي ذكرناه آنفا ـ، فقال: حديث البتة أصح من حديث ابن جريج: أن ركانة طلق امرأته ثلاثًا، لأنهم أهل بيته.
ولكن الأئمة الأكابر، العارفون بعلل الحديث والفقه ــ كالإمام أحمد وأبي عبيد والبخاري ــ ضعفوا حديث البتة، وبينوا أنه رواية قوم مجاهيل، لم تعرف عدالتهم وضبطهم، وأحمد أثبت حديث الثلاث، وبين أنه الصواب، وقال: حديث ركانة لا يثبت: أنه طلق امرأته البتة.
وفي رواية عنه: حديث ركانه في البتة ليس بشيء؛ لأن ابن إسحاق يرويه عن داود بن الحصين عن عكرمة عن ابن عباس (رضي الله عنه) أن ركانة طلق امرأته ثلاثا، وأهل المدينة يسمون الثلاث: البتة.