des deux époux polythéistes la dissolution du lien matrimonial serait automatique, que ce soit avant ou après la consommation ; voilà, selon Shaykh al-Islâm, une opinion d’une extrême faiblesse. Elle contredit en effet ce qui est notoirement établi et transmis de façon continue dans la sharîʿa : on sait que, parmi ceux qui entrèrent dans l’islam, les uns devançaient les autres dans la proclamation d’ash-shahâdatayn (la double attestation de foi). Il arrivait qu’un homme se convertisse tandis que son épouse demeurait quelque temps dans sa religion avant d’embrasser l’islam ; nombre de femmes de Quraysh, entre autres, se convertirent avant leurs maris. Il est rapporté, par exemple, qu’Oumm Sulaym, l’épouse d’Abû Ṭalḥa, embrassa l’islam avant lui. À d’autres occasions, l’homme se convertissait avant son épouse, laquelle le rejoignait après un délai plus ou moins long.
Nul ne peut prétendre que tout cela se serait produit avant l’interdiction d’épouser des polythéistes, et cela pour deux raisons :
- Quand bien même ces faits auraient précédé cette interdiction, celui qui affirme qu’ils sont abrogés doit le prouver.
- Les gens embrassèrent toujours l’islam par foules entières après la révélation du verset proscrivant le mariage avec les polythéistes et celle défendant de « maintenir les liens conjugaux avec les mécréantes ». Ainsi, les ṭulaqâ’ (affranchis) de La Mecque se convertirent — ils étaient fort nombreux. Les habitants de Ṭâʾif, population d’une ville entière, se convertirent eux aussi : leur islam eut lieu après que le Prophète ﷺ les eut assiégés, leur dressant un manjanîq (catapulte) sans toutefois prendre la ville. Il partagea ensuite le butin de Ḥunayn à al-Jiʿrâna, y accomplit la ʿumra, puis retourna à Médine avec les musulmans. Par la suite, une délégation de Ṭâʾif vint et se convertit alors que leurs femmes, restées dans la ville, n’étaient pas encore musulmanes ; celles-ci ne se convertirent qu’ultérieurement… ⦗1⦘ [Aḥkâm Ahl al-Dhimma : 342].
– Ibn Mufliḥ a dit : « Notre shaykh a retenu, dans le cas où l’épouse se convertit avant son mari, le maintien du mariage, que ce soit avant ou après la consommation, tant qu’elle n’en épouse pas un autre ; la décision lui appartient, et l’époux n’a sur elle ni autorité légale ni droit… »