par l’expiration du délai ; la licéité en découle donc implicitement et à titre accessoire.
On peut encore répondre à l’objection ainsi : l’homicide d’un être humain est prohibé tant au regard du droit d’Allah qu’au regard du droit de la personne tuée ; il ne saurait donc devenir licite du simple fait d’une autorisation ultérieure. À l’inverse, l’abattage d’un animal usurpé n’est interdit qu’au titre du seul droit humain ; si le propriétaire l’autorise, l’acte devient licite, car ce qui est prohibé dans ce cas, c’est la spoliation financière du maître et non l’atteinte à la vie.
Les jurisconsultes ont divergé au sujet de l’abattage réalisé avec un instrument usurpé, et deux versions sont rapportées sur cette question de l’imâm Aḥmad. Ils se sont également partagés au sujet de l’animal lui-même lorsqu’il a été volé puis sacrifié. Aḥmad a néanmoins affirmé explicitement que la bête est considérée comme correctement immolée. À l’appui figure le hadith de Râfiʿ b. Khadîj relatif à l’égorgement de moutons pillés, ainsi que l’autre hadith concernant la femme qui reçut le Prophète ﷺ et sacrifia pour lui une brebis qu’elle avait prise sans l’autorisation de ses propriétaires ; il lui dit alors : « Donnez-en à manger aux prisonniers. » Ce texte démontre que l’animal abattu sans l’accord de son maître est interdit à la consommation de celui pour qui il a été immolé, mais demeure licite pour les autres, à l’instar du gibier qu’un non-pèlerin abat pour un pèlerin en état d’iḥrâm : il est illicite pour le pèlerin, mais pas pour le profane.
Sâliḥ rapporte par ailleurs de son père que celui qui vole une brebis puis l’égorge n’a pas le droit d’en manger la viande – c’est-à-dire lui-même. Je demandai à mon père : « Et s’il la rend à son propriétaire ? » Il répondit : « Alors on peut en manger. »
De cette version on peut déduire que la viande est interdite au sacrificateur dans tous les cas, car si l’imâm Aḥmad avait voulu fonder l’interdit sur l’absence de permission du propriétaire, il n’aurait pas réservé l’interdiction au seul sacrificateur.
L’opinion ainsi confirmée par le hadith constitue donc, a fortiori, une preuve pour interdire à l’assassin d’épouser la femme qu’il a tuée dans ce but, tandis qu’elle reste licite à tout autre. Tel est l’ensemble des propos de notre shaykh. [Ighâthat al-Lahfân 1/550-555] (1).