Cette vente comme cette donation sont donc frappées de nullité dans l’ensemble des dispositions juridiques.
Lorsque la fraude provient d’une seule personne, si le stratagème peut être accompli de manière autonome sans pour autant lui permettre d’atteindre son but, et que ce stratagème prend la forme d’un contrat, celui-ci est corrompu. Tel est, par exemple, le cas de l’homme qui fait donation d’un bien à son fils avec l’intention de la reprendre ensuite afin d’échapper à la zakât : l’existence d’un tel don équivaut à son inexistence ; il n’a pas le statut de « donation » dans aucune des branches du droit. Toutefois, si l’intention véritable se manifeste, l’invalidité est établie aussi bien en droit externe qu’en conscience interne ; dans le cas contraire, la corruption ne vaut qu’au for interne.
Si, à l’inverse, le stratagème ne peut se réaliser isolément — par exemple lorsqu’un homme a l’intention de se faire muḥallil (époux de complaisance) sans en informer la femme, reprend son ex-épouse dans le seul but de la léser, ou gratifie quelqu’un de ses biens pour nuire à ses héritiers, et autres actes semblables — ces contrats sont, pour lui-même et pour quiconque connaît son objectif, nuls : il ne lui est pas permis d’avoir des rapports avec la femme ni d’hériter d’elle si elle venait à mourir. De même, si le donataire ou le légataire a connaissance de l’intention illicite du donateur ou du testateur, la propriété ne s’établit pas pour lui intérieurement ; il lui est interdit d’en profiter et il doit restituer le bien à qui de droit. En revanche, pour l’autre partie contractante qui ignorait la manœuvre, le contrat demeure valable et produit les effets reconnus aux contrats sains. La sharîʿa recèle de nombreux exemples similaires.
Lorsque le stratagème profite à son auteur tout en lui portant préjudice, comme dans le cas du divorce prononcé par le malade en phase terminale, la répudiation est valide en ce qu’elle met fin à son droit de jouissance, mais invalide en ce qu’elle empêcherait la succession : la Loi n’a interdit à l’homme que de couper l’héritage, non de rompre le lien de jouissance conjugale.
Si, enfin, le stratagème consiste en un acte qui conduit directement à l’objectif recherché — ainsi de celui qui voyage en été afin de reporter son jeûne à l’hiver —, son dessein n’est pas atteint ; il est tenu de jeûner même durant ce voyage.
Je dis (1) : un cas analogue se trouve dans l’avis des mâlikites, selon lequel il n’est pas autorisé de se prévaloir de la dérogation du masḥ