et il n’en fit pas un butin pour la communauté ; il le remit plutôt à leurs héritiers. Cela est établi avec certitude : la succession repose donc sur l’alliance manifeste et non sur la foi intime ni sur la loyauté cachée. En apparence, les hypocrites soutiennent les musulmans contre leurs ennemis, même s’ils agissent, d’un autre côté, à l’inverse ; l’héritage se fonde donc sur les signes extérieurs, non sur ce que recèlent les cœurs…
Ibn al-Qayyim ajoute : « Notre shaykh a dit : Parmi les arguments qui confirment que le musulman hérite du dhimmî, alors que le dhimmî n’hérite pas du musulman, figure le principe selon lequel l’héritage s’apprécie à l’aune du soutien mutuel, tandis que l’élément qui l’empêche est l’état de guerre. C’est pourquoi la plupart des juristes affirment que le dhimmî n’hérite pas du ḥarbî.
Allah – exalté soit-Il – a dit au sujet du diyya : « Si la victime appartenait à un peuple ennemi pour vous alors qu’elle était croyante, l’affranchissement d’un esclave croyant [suffit]. » (An-Nisâʾ : 92). Ainsi, si le tué est musulman, son indemnité revient à sa famille ; s’il appartient à un peuple lié par un pacte, son indemnité revient également à sa famille ; mais s’il est issu d’un peuple ennemi des musulmans, il n’y a pas de diyya, car sa famille est hostile aux musulmans et n’est pas liée par un traité ; elle ne reçoit donc aucune indemnité. Si un pacte avait existé, elle l’aurait reçue.
De même, ces ennemis n’héritent pas des musulmans, puisqu’il n’existe entre eux ni foi partagée ni sécurité mutuelle. C’est pour cette raison que, lorsque Abû Tâlib mourut, ce fut ʿAqîl – et non ʿAlî ni Jaʿfar – qui l’hérita, bien que cela se produisît au début de l’islam. Il est rapporté dans le Ṣaḥîḥ qu’on dit au Prophète ﷺ, lors du pèlerinage d’adieu : « Ne veux-tu pas t’arrêter dans ta maison ? » Il répondit : « ʿAqîl ne nous a-t-il pas laissés sans demeure ? » En effet, ʿAqîl s’était approprié les demeures des Banû Hâshim lorsque le Prophète ﷺ émigra. Ce n’était pas par voie successorale : il prit la maison du Prophète ﷺ qu’il tenait de son père, la maison de Khadîja et d’autres biens qui n’appartenaient pas à Abû Tâlib. Il s’empara ainsi des propriétés des Banû Hâshim autrement que par héritage, tout comme les autres polythéistes s’étaient emparés des demeures des Muhâjirûn.