c’est comme s’il avait vendu du raisin ou du moût à quelqu’un qui compte en faire du vin : une fois le moût ou le raisin consommé par l’acheteur, le bien du vendeur ne disparaît pas sans compensation ; on statue qu’il a droit à son équivalent. Il en va de même ici : l’usage que le bailleur a effectivement fourni ne saurait se perdre gratuitement ; on lui verse donc une contrepartie, car l’interdiction d’en profiter provient du preneur, non de lui. En outre, nous prohibons ce contrat de location au nom du droit d’Allah, non pour préserver un droit du locataire ou de l’acheteur. Il en va autrement de celui qu’on engage pour la fornication, la sodomie, le vol ou autres actes semblables : ces actes sont illicites par nature. C’est alors comme s’il leur vendait une bête morte, du vin ou du porc ; on ne lui accorde aucun prix, parce que l’objet même est interdit. Ainsi, une telle location ou promesse de gratification ne peut être qualifiée, de façon absolue, ni de valide ni de nulle ; on dira plutôt : elle est valide à l’égard du locataire, en ce sens que le loyer et la récompense lui incombent, mais elle est caduque à l’égard du [prestataire] (1), c’est-à-dire qu’il lui est interdit de profiter de cette somme. La sharîʿa offre d’autres cas analogues. L’énoncé d’Aḥmad déclarant répréhensible la *naṭâra* (la taille) (2) de la vigne d’un chrétien ne contredit nullement ce principe : nous lui interdisons cet acte ainsi que le prix qu’il en réclame, puis nous lui reconnaissons malgré tout son loyer. S’il n’en était pas ainsi, cela constituerait pour les pécheurs un avantage énorme et un appui : ceux qui l’ont embauché pour un travail leur servant à commettre une désobéissance auraient atteint leur but sans rien lui verser ; et, s’il avait perçu la rétribution, on la lui retirerait avant de la restituer nette et entière. Si l’on objecte : « Que dites-vous de celui qui leur livre effectivement la prestation interdite pour laquelle ils l’avaient engagé, tel le chant, la lamentation funèbre, la fornication ou la sodomie ? »
(1) À l’origine : al-ajir (la récompense), et la forme attestée se trouve dans al-Iqtida’. (2) Dans al-Iqtida’ : nazarah.
كما لو باع عنبا أو عصيرا لمن يتخذه خمرا، وفات العصير والعنب في يد المشتري فإن مال البائع لا يذهب مجانا، بل يقضى له بعوضه. كذلك ههنا: المنفعة التي وفَّاها المؤجر لا تذهب مجانا، بل يعطى بدلها، فإن تحريم الانتفاع بها إنما كان من جهة المستأجر، لا من جهته، ثم نحن نحرم الإجارة عليه لحق الله سبحانه، لا لحق المستأجر والمشتري، بخلاف من استؤجر للزنا أو التلوط أو السرقة ونحو ذلك، فإن نفس هذا الفعل محرم في نفسه، فهو كما لو باعه ميتة أو خمرا أو خنزيرا، فإنه لا يقضى له بثمنها، لأن نفس هذه العين محرمة. ومثل هذه الإجارة والجعالة لا توصف بالصحة مطلقا ولا بالفساد مطلقا، بل يقال: هي صحيحة بالنسبة إلى المستأجر، بمعنى أنه تجب عليه الأجرة والجعل، فاسدة بالنسبة إلى [الأجير] (١)، يعني أنه يحرم عليه الانتفاع بالمال، ولهذا نظائر في الشريعة، ونص أحمد على كراهة نطارة (٢) كرم النصراني لا ينافي هذا، فإنا ننهاه عن هذا الفعل وعن ثمنه، ثم نقضي له بكرائه ولو لم يفعل هذا، لكان فيه منفعة عظيمة وإعانة للعصاة، فإن من استأجروه على عمل يستعينون به على المعصية قد حصّلوا غرضهم منه، ثم لا يعطونه شيئا، وإذا أخذ منهم العوض يُنْزع منه ثم يرد هنيئا موفرا. فإن قيل: فما تقولون فيمن سلم إليهم المنفعة المحرمة التي استأجروه عليها كالغناء والنوح والزنى واللواط؟
(١) في الأصل: (الآجر)، والمثبت من «الاقتضاء». (٢) في «الاقتضاء»: (نظارة).