Certains disciples d’Ahmad ont ainsi autorisé la garantie des jardins et vergers conjointe à la terre louée, car l’un ne saurait être dissocié de l’autre ; telle est aussi la position retenue par Ibn ʿAqîl.
D’autres ont admis la garantie des arbres sans aucune restriction, avec la terre ou indépendamment d’elle ; c’est l’avis privilégié par notre maître, qui lui a même consacré un ouvrage particulier.
Le madhhab d’Ahmad comprend donc trois opinions. Quant à Mâlik, il l’a permise accessoirement à la terre, mais dans la limite d’un tiers.
Notre maître a déclaré : « La voie juste est celle qu’a adoptée ʿUmar (qu’Allah l’agrée). La distinction entre la vente et la garantie est en effet comparable à celle qui sépare la vente du contrat de location (ijâra). Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — a interdit la vente du grain avant qu’il ait durci, mais il n’a pas interdit la location d’une terre pour la culture, alors même que le locataire vise précisément le grain qu’il obtiendra par son propre travail : il sert la terre, la laboure, l’arrose et la surveille. Il en va de même de celui qui loue un verger pour soigner ses arbres, les arroser et veiller sur eux ; le grain correspond au fruit, l’arbre à la terre et le travail au travail. Qu’est-ce qui rendrait donc l’un illicite et l’autre licite ?
La situation diffère de celle de l’acheteur : lui acquiert un fruit tandis que le vendeur reste tenu des frais de service, d’arrosage et d’entretien des arbres. C’est l’équivalent de celui qui achète le grain alors que le vendeur demeure chargé du semis et du soin de la culture.
Il apparaît ainsi qu’il n’existe ni texte scripturaire ni analogie valide pour appuyer l’interdiction, pas plus qu’il n’y a de consensus. Bien au contraire, l’analogie correcte et l’ancien consensus penchent en faveur de ceux qui la permettent.
On pourrait objecter : « Le fruit est un bien corporel, tandis que le contrat de location ne porte que sur l’usufruit. » Nous répondons : ici, ces biens corporels résultent de son propre labeur sur le bien loué, tout comme le grain naît de son travail sur la terre prise à bail.