Une autre école a affirmé : « Nous la ramenons plutôt à ce qui concorde avec l’analogie : l’objet du contrat n’est pas le lait en lui-même ; il s’agit en réalité de porter le nourrisson au sein, de le placer sur les genoux de la nourrice et d’autres services assimilés, qui ne sont que les préliminaires de l’allaitement ; le lait, quant à lui, n’entre que par voie accessoire, sans être visé par le contrat. »
Ils ont ensuite étendu ce raisonnement au cas de l’eau d’un puits ou d’une source situés sur une terre louée. Ils déclarent que cette eau est comprise à titre implicite et subsidiaire. De sorte que, lorsque l’ijâra porte sur la parcelle même et sur le puits en vue d’irriguer un champ ou un verger, ils prétendent que la location ne concerne que le fait d’abaisser puis de remonter le seau dans le puits, ou le seul fait de faire couler la source à travers la propriété. C’est là renverser les réalités : transformer le but en moyen et le moyen en but. Chacun sait pourtant que ces gestes ne sont que des moyens conduisant à ce qui est réellement visé par le contrat de location ; pris isolément, ils ne sont ni recherchés, ni objet d’un contrat, ni dotés de la moindre valeur. Ils se réduisent, en fait, à l’ouverture d’une porte ou à la conduite d’une monture pour celui qui a loué une maison ou un animal.
Nous allons donc examiner ces deux fondements erronés : d’une part le principe de ceux qui estiment l’ijâra contraire à qiyâs ; d’autre part le principe de ceux qui jugent la location d’une nourrice et assimilées contraire à qiyâs. Nous disons – et c’est Allah qui accorde la réussite :
Premier fondement. – Ils avancent : « L’ijâra est la vente d’un bien inexistant, or la vente d’un bien inexistant est nulle. » Cet argument repose sur deux prémisses générales, non explicitées, où le vrai se mêle au faux.
Première prémisse : considérer l’ijâra comme une vente. Si par « vente » vous entendez la vente au sens restreint, dans laquelle le contrat porte sur des biens corporels et non sur des utilités, c’est là une erreur. Si, en revanche, vous visez par ce terme la vente au sens large, c’est-à-dire un échange portant soit sur un bien corporel, soit sur une utilité,