Le principe fondamental qui régit tous les contrats est la justice, celle-là même que les messagers ont été chargés de proclamer et pour laquelle les Écritures ont été révélées. Le Très-Haut dit : « Nous avons certes envoyé Nos messagers avec des preuves évidentes et fait descendre avec eux le Livre et la Balance afin que les hommes instaurent l’équité » (Coran 57, 25).
Le Législateur a interdit le ribâ (usure) parce qu’il recèle de l’injustice, et le maysir (jeu de hasard) parce qu’il recèle lui aussi de l’injustice ; le Coran a prohibé l’un et l’autre, et tous deux ne sont qu’un moyen illégitime de dévorer les biens d’autrui. Quant aux transactions que le Prophète ﷺ a proscrites — telles que le bayʿ al-gharar (vente entachée d’incertitude), la vente du fruit avant qu’il ne montre des signes de maturité, la « vente des années », la vente dite ḥabl al-ḥabala (vente de la portée à naître), les ventes muzâbana et muḥâqala, la « vente au jet de pierre » (bayʿ al-ḥaṣât), la vente des malāqîḥ et des muḍâmîn, et autres opérations similaires — entrent toutes soit dans le ribâ, soit dans le maysir.
Ainsi, une ijârah dont le loyer est indéterminé – par exemple louer une maison contre ce que le locataire gagnera dans sa boutique – relève du maysir. En revanche, la muḍârabah, la musâqât et la muzâraʿah n’ont rien de commun avec le maysir ; elles constituent même l’une des formes les plus équitables de coopération. Cela montre qu’une muzâraʿah où la semence provient de l’exploitant est a fortiori plus légitime qu’une muzâraʿah où la semence est fournie par le propriétaire foncier. C’est de cette manière que les Compagnons du Prophète ﷺ pratiquaient la muzâraʿah. De même, le Prophète ﷺ traita avec les habitants de Khaybar en leur accordant la moitié de ce que la terre produirait en fruits et en céréales, à condition qu’ils en assurent la mise en valeur avec leurs propres moyens (1).
Ceux qui ont posé comme condition que la semence incombe au propriétaire de la terre se sont appuyés sur une analogie avec la muḍârabah, disant : « Dans la muḍârabah, le capital appartient à l’un et le travail à l’autre ; de même, dans la muzâraʿah, la semence devrait venir du propriétaire du sol. » Or cette analogie, en plus de contredire la Sunna authentique et les avis des Compagnons, compte parmi les plus défectueuses, car