il a dit : « L’eau ne connaît pas la janâba. » Ces deux textes explicites attestent que l’eau ne se souille pas au simple contact d’une impureté et que son pouvoir purifiant n’est pas annulé lorsqu’elle a servi à lever un état rituel d’impureté. Celui donc qui déclare l’eau impure par simple contact, ou qui lui retire sa propriété purificatrice après usage, revient en réalité à lui attribuer souillure et janâba. Par ailleurs, il est établi, dans le Ṣaḥîḥ d’al-Bukhârî, que le Prophète — que la prière et la paix de Dieu soient sur lui —, interrogé au sujet d’une souris tombée dans du beurre fondu, répondit : « Ôtez-la ainsi que ce qui l’entoure, puis mangez-en le reste. » Il ne distingua ni entre beurre solide et liquide, ni entre petite ou grande quantité ; a fortiori, l’eau relève du même jugement. Quant au hadith qui opère une distinction entre la substance solide et la substance liquide, il est défectueux ; il s’agit d’une erreur imputable à Maʿmar sous plusieurs aspects, comme l’ont exposé al-Bukhârî dans son Ṣaḥîḥ, at-Tirmidhî dans son Ǧâmiʿ, et d’autres encore. Il suffit de rappeler que az-Zuhrî — la source même à partir de laquelle Maʿmar rapporte cette version — a été relayé, par tous les autres narrateurs, dans un sens opposé à celui de Maʿmar ; interrogé sur ce point, il donna en effet comme avis juridique qu’il fallait retirer la souris et ce qui l’entourait, puis consommer le reste, qu’il s’agisse d’une matière solide ou fluide, en petite ou grande quantité, et il s’appuya précisément sur ce hadith. Telle est sa fatwa, telle est son argumentation, et telle est la version rapportée de lui par les Imams. Ainsi, texte scripturaire et raisonnement analogique concordent sur cette question, et rien d’autre ne convient aux gens. Les avis qui s’en écartent sont contradictoires et leurs tenants sont incapables de les appliquer de façon cohérente, comme cela a été montré plus haut. Il apparaît donc clairement que l’abandon de l’analogie ne vaut que dans le cas où elle contredit le texte, et non dans celui où elle est confirmée par lui.
(1) Ce propos est rapporté par Ibn al-Qayyim d’après Shaykh al-Islam au sein d’une longue réponse concernant ce que certains fuqahâ’ qualifient de « contraire au qiyâs ». Il y ajoute des précisions visant à éclairer le discours de Shaykh al-Islam, ce qu’il indique lui-même au début de son texte : « J’ai interrogé notre maître – que Dieu sanctifie son âme – sur l’expression qu’on rencontre souvent chez de nombreux juristes : “cela est contraire au qiyâs”, quand bien même un texte scripturaire ou la parole des Ṣaḥâba, ou de certains d’entre eux, est établi(e), voire unanimement reconnu(e). Ils donnent pour exemples : la purification de l’eau dans laquelle tombe une impureté (contraire au qiyâs), l’élimination de l’impureté sans qiyâs, l’ablution avec la viande de chamelle, l’interruption du jeûne par la saignée (ḥijâma), le contrat de salam, la ijâra (location), la ḥawâla (transmission de créance), la kitâba (engagement écrit), la muḍâraba (partage des pertes et profits), la muzâraʻa (mise en culture à partage des fruits), la musâqa (arrosage rémunéré), le qard (prêt sans intérêt), la validité du jeûne pour celui qui a mangé par oubli, et l’achèvement du pèlerinage en dépit d’une invalidité : tous ces cas, selon eux, seraient contraires au qiyâs. Est-ce juste ou non ? » Il répondit : « Rien dans la sharî‘a ne s’oppose au qiyâs. Je rapporte fidèlement sa réponse de sa main et selon sa formulation, par la grâce de Dieu qui m’a guidé, béni mon enseignement et facilité ma compréhension. » Cette réponse est imprimée dans le Majmû‘ al-Fatâwâ (t. 20, p. 504-584) sous le titre Risâla fî ma‘nâ al-qiyâs (« Lettre sur la notion de qiyâs »). Je l’ai organisée en chapitres selon les questions juridiques traitées, et la question relative à ce chapitre figure également dans les Fatâwâ (t. 20, p. 515-520), avec quelques variantes textuelles entre les deux éditions.
قال: «إن الماء لا يجنب»، وهما نصان صريحان في أن الماء لا ينجس بالملاقاة، ولا يسلبه طَهُوريته استعماله في إزالة الحدث، ومَن نجَّسه بالملاقاة أو سَلبَ طَهُوريته بالاستعمال فقد جعله ينجس ويجنب. والنبي ﷺ ثبت عنه في «صحيح البخاري» أنه سئل عن فأرة وقعت في سَمْن فقال: «ألقُوها وما حوله وكُلُوه»، ولم يفصل بين أن يكون جامدًا أو مائعًا، قليلا أو كثيرا، فالماء بطريق الأوْلى يكون هذا حكمه. وحديث التفريق بين الجامد والمائع حديث معلول، وهو غلط من معمر من عدة وجوه، بيَّنها البخاري في «صحيحه» والترمذي في «جامعه» وغيرهما، ويكفي أن الزهري الذي روى عنه معمر حديث التفصيل قد روى عنه الناسُ كلهم خلاف ما روى عنه معمر، وسئل عن هذه المسألة فأفتى بأنها تُلقَى وما حولها ويؤكل الباقي في الجامد والمائع والقليل والكثير، واستدل بالحديث، فهذه فُتْياه، وهذا استدلاله، وهذه رواية الأئمة عنه. فقد اتفق على ذلك النص والقياس، ولا يصلح للناس سواه، وما عداه من الأقوال فمتناقض لا يمكن صاحبه طرده كما تقدم، فظهر أن مخالفة القياس فيما خالف النص لا فيما جاء به النص) [إعلام الموقعين: ١/ ٣٩١ ــ ٣٩٤] (١).
(١) هذا الكلام نقله ابن القيم عن شيخ الإسلام ضمن جواب طويل له حول ما يقول فيه بعض الفقهاء إنه بخلاف القياس، وأضاف عليه بعض الإضافات التي تبين كلام شيخ الإسلام وتوضحه، وقد أشار إلى ذلك في أول النقل، فقال (١/ ٣٨٣ - ٣٨٤): (وسألت شيخنا ــ قدس الله روحه عما يقع في كلام كثير من الفقهاء من قولهم: هذا خلاف القياس، لما ثبت بالنص أو قول الصحابة أو بعضهم، وربما كان مجمعا عليه، كقولهم: طهارة الماء إذا وقعت فيه نجاسة على خلاف القياس، وتطهير النجاسة على خلاف القياس، والوضوء من لحم الإبل، والفطر بالحجامة، والسلم، والإجارة، والحوالة، والكتابة، والمضاربة، والمزارعة، والمساقاة، والقرض، وصحة صوم الآكل الناسي، والمضيّ في الحج الفاسد، كل ذلك على خلاف القياس، فهل هذا صواب أم لا؟ فقال: ليس في الشريعة ما يخالف القياس، وأنا أذكر ما حصلته من جوابه بخطه ولفظه، وما فتح الله سبحانه لي بيمن إرشاده وبركة تعليمه وحسن بيانه وتفهيمه) ثم ساق الجواب. وهذا الجواب مطبوع ضمن «مجموع الفتاوى» (٢٠/ ٥٠٤ - ٥٨٤)، ويسمى: «رسالة في معنى القياس»، وقد فرقته على الأبواب حسب المسائل الفقهية الواردة فيه، ونص مسألة هذا الباب في «الفتاوى» (٢٠/ ٥١٥ - ٥٢٠) مع اختلاف بينهما في بعض المواضع.